11% des «faits» sur le compte Twitter @UberFacts peuvent être démentis en 10 minutes ou moins
La collègue de l’inspecteur viral, Natalia Wysocka (@NatWysocka, pour les twitteux), l’a mis au défi de vérifier la fiabilité du compte @UberFacts.
Ça mange quoi en hiver, ça?
Créé en 2011 par Kris Sanchez, un jeune homme qui a maintenant 23 ans, le compte Twitter @UberFacts prétend dévoiler les «faits les moins importants et les moins utiles que vous ayez jamais appris». M. Sanchez envoie un gazouillis toutes les 15 minutes, 24 heures par jour. Chaque tweet décrit un «fait», souvent insolite. Le compte est extrêmement populaire, avec plus de 9 500 000 abonnés, et les «faits» sont très souvent partagés plus de 1000 fois.
En effet, la popularité du compte permet à M. Sanchez d’être payé pour retweeter. Il affirme empocher quelque 500 000$ par année en faisant cela. Voici comment se sent l’inspecteur par rapport à ça.
Vous remarquerez que l’inspecteur viral utilise des guillemets lorsqu’il parle des «faits» propagés par UberFacts. Le compte ne mentionne d’ailleurs jamais de source pour ses informations (il serait si facile d’ajouter un lien). Véhiculer des affirmations sans dévoiler de source est un des sept péchés capitaux internet de l’inspecteur viral.
Inspecteur viral-o-thon
Pour mesurer la fiabilité de ce compte Twitter, l’inspecteur a décidé de tenter une expérience. Il s’est limité à examiner seulement des tweets publiés dans une période de 24 heures, de midi le 16 février à midi le 17 février. Cela représente 70 tweets.
Pour donner une chance au coureur, l’inspecteur ne s’est donné qu’un maximum de 10 minutes pour démentir chaque «fait», et ne s’est donné qu’une heure au total pour mener à bien son expérience (à raison de moins d’un tweet par minute, en moyenne – c’est un marathon viral).
L’inspecteur n’a nul doute qu’il aurait pu éventuellement en démentir bien plus; mais avec le peu de temps dont il disposait, l’inspecteur a réussi à démentir pas moins de sept «faits».
Si on enlève les huit retweets promotionnels publiés sur le compte @UberFacts durant la journée, on peut conclure qu’une vérification extrêmement sommaire et rapide permet de démentir 11% des «faits» tweetés en une journée.
C’est pas fort. Feriez-vous confiance à un journaliste qui a un taux d’erreur de 11%? Un caissier qui se trompe dans 11% de ses transactions?
Êtes-vous prêts pour un Inspecteur viral-o-thon? Go!
Les «faits» démentis
1) Acheter de l’essence le soir coûte moins cher
When you buy gasoline, you might want to make your purchase at night—it will be cheaper.
— UberFacts (@UberFacts) February 17, 2015
Le tweet reste vague sur les raisons pour lesquelles l’essence serait moins dispendieuse le soir. L’idée est sûrement que l’essence, en tant que liquide, occupe moins de volume lorsqu’il fait plus froid (comme la nuit); on en obtiendrait donc plus pour son argent. C’est faux. L’essence n’est pas emmagasinée dans la pompe, mais dans des réservoirs souterrains, où la température ne varie que très peu au cours de la journée.
2) Conduire avec les fenêtres baissées peut réduire l’efficacité énergétique d’une automobile de 10% à des vitesses élevées
Having the windows open can reduce a car's fuel efficiency by 10% at high speeds.
— UberFacts (@UberFacts) February 17, 2015
Les héros de l’inspecteur viral, les Mythbusters, ont totalement démenti cette histoire il y a 10 ans (!!!) en 2004. À une vitesse constante de 72 km/h, une automobile avec les fenêtres baissées était plus efficace qu’une auto avec les vitres montées et le climatiseur allumé. Comme si ce n’était pas assez, Consumer Reports a testé cette histoire avec une Honda Accord. À 100 km/h, l’effet des fenêtres baissées sur la consommation était «non mesurable».
3) Pendant que vous lisiez cette phrase, 25 000 000 de vos cellules sont mortes
25,000,000 of your cells died while you were reading this sentence.
— UberFacts (@UberFacts) February 17, 2015
Entre 50 et 70 milliards de cellules meurent chaque jour dans un corps humain adulte. Si on reste généreux et qu’on prend 70 milliards, cela donne un peu plus de 48 millions de cellules mortes par minute, donc il faudrait un peu moins de 30 secondes pour que 25 millions de cellules meurent. L’inspecteur ne sait pas quel genre de personne met 30 secondes à lire un tweet de 66 caractères, mais il suspecte que ce genre de personne ne lit pas l’inspecteur de toute façon.
4) Les sandwichs goûtent meilleur quand une autre personne vous les fait, car quand vous faites vos propres sandwichs, vous anticipez le goût du sandwich et avez moins faim pour… (sic)
Sandwiches "taste better" when someone else makes them because when you make your own, you anticipate its taste and become less hungry for …
— UberFacts (@UberFacts) February 17, 2015
Euh… on a eu une bulle au cerveau en tweetant? Mais de toute façon: balivernes. L’inspecteur viral, fin gastronome, adore ses propres sandwichs. De plus, le tweet est tronqué, donc on voit mal la majesté entière du raisonnement. Enfin, ce «fait» est entièrement subjectif; ce n’est donc pas un fait. Une visite dans une chaîne de sandwichs populaires pourrait facilement prouver le contraire…
5) La recherche indique que si vous avez peur des araignées, vous avez plus de chance d’en trouver une dans votre chambre à coucher
Research shows that if you're afraid of spiders, you're more likely to find one in your bedroom.
— UberFacts (@UberFacts) February 17, 2015
Pourquoi est-ce que l’arachnophobie affecterait la chance de trouver une araignée? Ce «fait» semble se baser sur cette étude, qui démontre potentiellement que des gens atteints d’arachnophobie peuvent détecter une araignée plus rapidement que des gens qui n’ont pas cette peur. Le «fait» est répété ici, de manière allégorique, pour illustrer l’obsession qui accompagne les phobies. Bonus: tel qu’écrit mot pour mot, ce «fait» semble provenir d’un meme assez populaire (et assez merdique).
6) En 1920, le bacon coûtait 47¢ la livre
In 1920, a pound of bacon cost 47 cents.
— UberFacts (@UberFacts) February 16, 2015
Où? Le bacon avait un prix identique partout? Voyons. On semble s’être basé sur cette table (d’une validité inconnue)… et on s’est trompé. D’après cette table, la livre de bacon coûtait 52¢ en 1920, et 47¢ en 1925. Pour le fun, cette source plus fiable étale les prix de denrées au Royaume-Uni au début du XXe siècle (les gens ont des passe-temps bizarres). On parle de 30.7 penny la livre. Avant la décimalisation du pound britannique, il y avait 240 penny par pound, et le pound valait 4.70$US en 1919. Nous en venons donc à un prix de 60¢ la livre.
7) Votre cerveau a besoin de l’équivalent de trois canettes de boisson gazeuse en sucre par jour pour fonctionner
Your brain needs the daily equivalent of the sugar found in three cans of soda to function.
— UberFacts (@UberFacts) February 16, 2015
Nonobstant le fait que la teneur en sucre varie grandement d’une sorte de boissons gazeuses à une autre, le cerveau n’a pas besoin de «sucre». Il a besoin d’une sorte spécifique de sucre, le glucose. À part dans des situations extrêmes, le cerveau ne carbure qu’au glucose. Prenons le Coca-Cola par exemple. Le Coca-Cola (nord-américain) est sucré avec du sirop de maïs à haute teneur en fructose (HFCS). Il y en a 39g par cannette. La teneur en glucose du HCFS varie entre 10% et 58%. Impossible de savoir quelle sorte de HFCS est utilisée, mais soyons généreux et prenons pour acquis que le HFCS dans le Coca-Cola contient 58% de glucose. L’autre 42% est du fructose, qui est métabolisé par le foie. Entre 29 et 54% du fructose sera métabolisé en glucose. Soyons (encore) généreux, et prenons pour acquis que 54% du fructose deviendra du glucose. Petit calcul rapide, une cannette de Coca-Cola apportera 31,47g de glucose au corps. Le cerveau a besoin de 120g de glucose par jour, soit 3,81 cannettes de Coca-Cola – et ça c’est en assumant des conditions idéales. Dans le scénario inverse (HFCS à 10% et 29% du fructose métabolisé en glucose), il faudra 7.88 cannettes.
BOOOOOOOOM!
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