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Non, ces marguerites mutantes de Fukushima n’ont rien d’inquiétant

Parfois, l’Inspecteur viral jure que l’internet carbure à trois choses: les conseils douteux en nutrition, les photos de chat et la panique sur les médias sociaux à propos d’événements parfaitement anodins. (L’Inspecteur tient à affirmer haut et fort que son projet de créer un compte Instagram d’un chat qui donne des conseils en nutrition tout en paniquant est déjà bien entamé – désolé!)

L’internet n’en pouvait que pour les marguerites tout au long de la semaine dernière. Pourquoi? À cause de ceci:

Cette photo, supposément prise près de Fukushima, théâtre d’un désastre nucléaire suite au tsunami de 2011, montre des marguerites déformées. On peut lire: «(Nasushiobara, le 26 mai 2015) Celle de droite s’est divisé en deux tiges avec deux fleurs soudées ensemble et a poussé avec quatre hampes florales comme tenues par une ceinture. Celle de gauche a quatre tiges collées qui ont poussé ensemble et porte une fleur en forme d’anneau. La dose ambiante est de 0,5 μSv/h à 1 m du sol.»

Dose ambiante de radiation?

Mutations?

MODE PANIQUE!

Même Météomédia (WAT?) s’en est mêlé, titrant: Apparition de marguerites mutantes à Fukushima?

Une explication simple

Premièrement, la photo a été prise à Nasushiobara, ce qui est à 116km de la préfecture de Fukushima, où a eu lieu le désastre nucléaire. Donc, il y a ça.

Deuxièmement, le phénomène qu’on voit dans la photo semble en fait être la fasciation. C’est une déformation bien connue chez certaines plantes, dont les marguerites. Les causes probables : «infections bactériennes, attaques d’insectes, dommages chimiques ou chocs», peut-on lire sur Wikipédia. Remarquez qu’on ne mentionne pas «désastre nucléaire japonais».

Si cette mutation était un événement exceptionnel causé par un accident nucléaire, on s’attendrait à ce que ce soit un phénomène rare (à ce que l’Inspecteur sache, les désastres nucléaires ne font pas légion). Pourtant, si on inscrit «fasciation in daisies» (fasciation chez les marguerites) dans Google images, on peut voir des centaines de photos de marguerites qui ont l’air tout aussi déformées que celle de Fukushima.

Capture d’écran 2015-07-26 à 11.36.10

Oui mais… la dose de radiation?

Le problème, c’est que dès que #LesGens voient un dosage de radiation, ils assument automatiquement qu’il y a un danger. Or, de la radiation ambiante, il y en a absolument partout sur Terre. On affirme que la dose à l’endroit où a été prise la photo est de 0,5 microsieverts par heure. Mais qu’est-ce que ça veut dire?

Il y a 8766 heures dans une année, donc la dose ambiante autour de ces marguerites est de 4383 microsieverts, ou 4,3 millisieverts, par année.

Selon la Société nucléaire américaine (non, ce n’est pas un organisme sinistre de la série de jeux vidéos Fallout), la dose moyenne absorbée par un Américain (tant par la radiation ambiante que par d’autres sources, comme l’ingestion) est de 6,2 millisieverts par année.

En fait, la dose de radiation ambiante autour de ces fameuses marguerites mutantes est équivalente à celle qu’on mesure à… Winnipeg. Oui, Winnipeg, au Manitoba.

À quand un article qui titre: «Méga-dose de radiation à Winnipeg: une ville canadienne aussi pire que Fukushima» ?

(Non, sérieusement, ne capotez pas avec ça, s’il vous plaît!)

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