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Non, Starbucks en Arabie saoudite ne refuse pas de servir des femmes

Bon, il ne s’agit pas tant ici d’une fausse nouvelle que d’une exagération d’internet (quoi? l’internet exagère?? Noooon!).

La twittosphère a explosée en début de semaine, alors qu’on alléguait qu’un café Starbucks à Riyad, en Arabie Saoudite, refusait de servir des femmes:

https://twitter.com/manarn8/status/694184934441930752/

«Un café #Starbucks à Riyad a refusé de me servir parce que je suis un FEMME et m’a demandé d’envoyer un homme pour commander», écrivait une internaute, avec une photo où on peut clairement voir un écriteau en anglais qui déclare: «Désolé, défense d’entrer pour les femmes, envoyez votre chauffeur pour commander».

Ayoye.

S’en est suivi toute une panoplie d’articles, menant jusqu’à une campagne de boycott de Starbucks:

Oui, c’est scandaleux. Sauf que la réalité est un peu plus nuancée que ça.

Paris Match a décidé de contacter Clarence Rodriguez, une journaliste française établie à Riyad, qui est allée vérifier les faits sur le terrain.

Ça devrait être l’étape #1 pour tout journaliste qui pense écrire un article à ce sujet.

Son constat? Oui, l’écriteau est vrai, et oui, on interdisait aux femmes d’entrer. Sauf que c’était une mesure temporaire.

Vous voyez, il est interdit pour les hommes et les femmes de partager un espace public en Arabie Saoudite. Le Starbucks en question avait justement construit une zone réservée aux femmes pour pouvoir les accueillir. Au moment où la photo a été prise, le café se voyait obligé de rénover le mur qui sépare cette zone du reste du café, à la demande de la police religieuse. D’où l’écriteau défendant aux femmes d’entrer. La zone est maintenant rouverte, et le café accueille de nouveau les femmes, selon Mme Rodriguez.

On peut dénoncer lois très strictes et très sexistes en Arabie saoudite, mais on ne peut pas s’attendre à ce que Starbucks ne respecte pas les lois du pays, quand même. L’entreprise, comme toute entreprise qui fait affaires dans ce pays, n’a pas vraiment le choix d’appliquer les lois en vigueur (l’entreprise est loin d’être la seule compagnie américaine établie dans ce pays). Surtout quand on sait que l’Arabie saoudite n’est pas le genre de pays qui tolère les écarts de conduite en matière de «moralité» et de relations hommes-femmes.

On parle d’un pays qui ne permet même pas aux femmes de conduire (d’où la suggestion de demander à son chauffeur de venir commander à la place des femmes).

Mme Rodriguez a d’ailleurs dénoncé cet intox médiatique sur sa page Facebook personnelle:

«J’avoue que je suis écoeurée par tant de mauvaise foi de la part de certains de mes confrères ou consœurs qui traitent le sujet “Starbucks“ à Riyad comme une Info alors qu’il s’agit d’intox», lance-t-elle d’entrée de jeu. Ouch.

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