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Une jeune victime d’abus sexuels euthanasiée? Oui, mais l’histoire est plus compliquée que ça

En bref

  • Plusieurs médias ont repris l’histoire d’une jeune femme néerlandaise dans la vingtaine qui a été euthanasiée dans ce pays après avoir subi des agressions sexuelles pendant 10 ans.
  • Des documents légaux confirment que la commission de l’euthanasie a émis un jugement en faveur de l’euthanasie de cette patiente.
  • Par contre, plusieurs articles ne mentionnent pas que la femme en question souffrait de problèmes physiques graves (voire terminaux), dont un dysfonctionnement rénal et un état probablement irréversible de malnutrition.

En détails

Le Daily Mail créait tout un émoi la semaine dernière, alors que le tabloïd britannique révélait qu’une jeune femme dans la vingtaine a été euthanasiée aux Pays-Bas après avoir subi des abus sexuels pendant 10 ans.

«Une victime d’abus sexuels pendant l’enfance a mis fin à ses jours conformément aux lois néerlandaises parce qu’elle ne pouvait plus tolérer ses souffrances psychologiques», peut-on lire dans l’article.

Sans grande surprise, cette nouvelle a déclenché un tollé. Un député britannique aurait dit au Daily Mail qu’il en revenait à condamner les victimes d’abus sexuels à la peine de mort. Les groupes anti-euthanasie y ont aussi vu une preuve des excès de la loi néerlandaise qui permet l’euthanasie dans ce pays.

Ce que les documents disent

Selon le jugement de la commission de l’euthanasie, publié le 1er janvier 2015, la jeune femme en question, qui a requis l’anonymat, a subi des abus sexuels pendant son enfance, de 5 ans à 15 ans. Ces sévices lui ont causé un sévère trouble de stress post-traumatique, «une dépression chronique, des idées suicidaires, de l’auto-mutilation et de la dissociation».

Un traitement intensif a été entrepris deux ans avant le jugement, un traitement «temporairement et partiellement réussi», selon les documents. Or, l’état de la jeune femme ne s’est pas amélioré et son psychiatre a jugé qu’il n’existait plus d’autres options de traitement, une opinion corroborée par un autre psychiatre et le médecin en chef de l’établissement où elle se trouvait.

La commission a donc confirmé que l’euthanasie de cette patiente avait été menée légalement dans le cadre de la loi néerlandaise.

Ce que les articles ne mentionnent pas

Si on s’en tient à ces faits, la décision de mettre fin aux jours d’une patiente qui souffre de dépression peut sembler assez choquante. Par contre, plusieurs articles écrits à ce sujet oublient quelques passages du document. Par exemple:

«Sa souffrance était en augmentation et elle souffrait de plus en plus de problèmes somatiques [NDLR: physiques]. Elle était alimentée par sonde à travers un tube, a souffert de rétention urinaire nécessitant un cathéter sus-pubien à insérer, et souffrait de constipation pour laquelle elle a reçu un lavement. Elle a également eu une anémie chronique, des troubles électrolytiques et un dysfonctionnement rénal.»

Et:

«Les souffrances de la patiente étaient des souffrances mentales persistantes, des sautes d’humeur et des ‘flashbacks’, des douleurs abdominales et une très mauvaise condition physique générale. […] La patiente était cachectique [NDLR: «État d’affaiblissement et d’amaigrissement graves qui accompagne la phase terminale de certaines maladies chroniques», selon Antidote, une condition très souvent irréversible], sévèrement affaiblie et presque complètement grabataire [NDLR: qui ne peut pas sortir du lit] et dépendante du soin des autres; il n’y avait pas d’espoir pour elle.»

En d’autres mots, il ne s’agissait pas seulement d’un cas de dépression ou de trouble de stress post-traumatique. La jeune femme en question souffrait de problèmes physiques tellement graves que la commission de l’euthanasie l’a comparée à des patients en phase terminale.

L’histoire est donc vraie, mais certains détails importants ont été omis, ce qui a changé en quelque sorte la nature de l’histoire. L’inspecteur viral croit qu’on doit disposer de toute cette information avant de pouvoir se faire une tête sur cette histoire.

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