De retour à la civilisation après une semaine déconnectée
Réflexions après une semaine déconnectée.
Tous les ans, je passe une semaine sans aucun accès à Internet, à la télé, au téléphone, aux messages texte, à l’actualité et à la vie moderne en général. Bilan non seulement d’un voyage avec ses bons et moins bons côtés, mais surtout d’une expérience essentielle pour comprendre son rapport à la technologie.
Depuis maintenant huit ans, je me déconnecte tous les étés non par choix mais par obligation. Le territoire où je vais pêcher avec mes amis est très loin dans la réserve faunique La Vérendrye. Au point culminant du périple, il me faudrait, pour prendre mes courriels, traverser quatre lacs (dont trois à la rame), marcher des kilomètres dans le bois (parfois dans des zones à peine balisées qui n’ont été empruntées qu’à une poignée de reprises au cours des dix dernières années) et rouler une demi-heure sur un chemin de terre périlleux.
Si la coupure avec Internet est fortuite, celle avec les divertissements modernes est réfléchie. Je ne traîne aucune musique, aucun livre, aucune série télé. Discuter des avantages des nœuds Palomar par rapport aux nœuds de cuiller, ne rien dire pendant de longues minutes, tendre des bâches entre les arbres pour se protéger de la pluie et faire cuire sa truite sur le feu remplace les Netflix et autres passe-temps habituels.
Le travail: une pause problématique
L’aspect le plus difficile d’un isolement du genre pour un pigiste comme moi est le travail. Partir pendant une semaine signifie généralement que je devrai mettre les bouchées doubles la semaine précédente. Les salariés devraient toutefois avoir plus de facilité à composer avec cette situation. Partir sans être connecté me force aussi à perdre une journée au retour pour lire et répondre à des centaines de courriels.
Une semaine dans le bois signifie également que je raterai quelques occasions professionnelles. Plusieurs personnes n’attendront pas votre retour et poursuivront leurs projets sans vous, même si votre date de retour vous aurait permis de collaborer. On a beau sortir de la civilisation pendant quelques jours, le monde, lui, continue de tourner.
S’isoler a aussi du bon. Personnellement, il s’agit d’une façon de recharger mes piles mentales. Après quelques jours dans le bois, je commence toujours à avoir le goût de travailler. J’ai des idées plein la tête, et si j’ai hâte de retrouver un ordinateur, ce n’est pas pour consulter Facebook mais pour lancer Word et commencer à écrire.
Vie personnelle
Il est aussi difficile de quitter sa vie personnelle que son travail. On s’ennuie parfois de sa douce, et ceux qui ont des enfants doivent préparer leur départ avec soin. Plusieurs voudront aussi prévenir leur famille et leurs amis pour ne pas les froisser puisqu’il n’y a pas de message d’absence pour les textos, les messages Facebook et autres notifications du genre. À moins de souffrir de FOMO (fear of missing out, ou peur de manquer quelque chose), le changement d’air, au sens propre comme au sens figuré, fait toutefois dans l’ensemble le plus grand bien aux pêcheurs.
Effet variable sur le moral
Un grand soulagement par rapport à la vie moderne, une angoisse constante, une crainte du retour : il y a différentes façons de réagir à la vie sans lnternet. Pour ma part, l’expérience ne me fait ni chaud ni froid. N’avoir aucun accès au monde extérieur n’est ni une libération ni un poids sur mes épaules.
C’est une bonne chose. C’est en essayant d’arrêter de boire du café le matin qu’on se rend compte qu’on est accro, et c’est en partant en voyage qu’on comprend que la routine nous étouffe.
Se déconnecter de la vie moderne est un passage obligé pour mieux saisir son rapport à la technologie, qu’il soit bon ou nocif. C’est aussi le premier pas à faire pour ensuite réajuster le tir au besoin et trouver un juste milieu qui nous convient. Après tout, on n’a pas besoin d’aller dans le fin fond du bois pour éteindre notre téléphone cellulaire à l’occasion.