Vivre ensemble

La population étudiante a un impact sur les quartiers

La présence d’étudiants, dont internationaux, modifie la configuration des quartiers et apporte son lot de défis, selon des experts de l’INRS.
Une résidence privée. Photo: Gracieuseté — Amel Gherbi-Rahal

La présence d’étudiants, particulièrement étrangers, modifie la configuration des quartiers et apporte son lot de défis, selon des experts de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

La doctorante en études urbaines au Centre Urbanisation Culture Société, Amel Gherbi-Rahal, et le professeur-chercheur en études urbaines de l’INRS, Nick Revington, ont partagé leurs constats lors d’une table ronde.

Dans sa thèse, Mme Gherbi-Rahal s’est surtout concentrée sur le secteur ouest du centre-ville.

Elle constate tout d’abord que les efforts pour positionner Montréal comme une «ville étudiante» ont bien fonctionné. Uniquement en 2014-2015, plus de 500 M$ ont été dépensés en biens et services dans la métropole par les étudiants canadiens et internationaux. 40% de cette somme ont été consacrés au logement.

Toutefois, elle souligne que leurs logements ne sont souvent pas adaptés à leur réalité et celle des quartiers, mais plutôt à celle des promoteurs.

«On a tendance à voir cette population comme aisée, jeune, ayant une facilité à s’adapter à la culture locale, mais ce n’est pas tout à fait le cas. Il y a une grande diversité. Étant donné que c’est devenu une voie vers l’immigration permanente, on voit des profils d’étudiants qu’on ne voyait pas nécessairement avant», explique-t-elle.

Dans certains quartiers, comme le ghetto McGill, il y a souvent des enjeux liés à la présence des étudiants. L’abus d’alcool et le bruit, par exemple, causent des tensions avec les voisins.

Nick Revington, professeur-chercheur en études urbaines

Selon ses observations, la majorité des étudiants s’établissent dans les quartiers à proximité des universités et la tendance est encore plus grande chez les étudiants internationaux, qui paieraient jusqu’à 30% de plus pour un loyer, entre autres, car ils s’installent dans des résidences universitaires ou privées.

Ces dernières, basées sur le modèle hôtelier avec leur grande offre de service, augmentent continuellement en nombre.

«Il y a de moins en moins de mixité dans ces logements-là. Ça crée d’importants écarts entre la population étudiante et la population d’accueil», constate-t-elle.

D’autres, moins fortunés, s’entassent dans des logements trop petits et déménagent souvent.

Comme piste de solution, elle aborde la question des logements abordables, mais suggère aussi que les établissements d’enseignement supérieur construisent davantage de résidences.

Concernant la pandémie, elle affirme que la situation des étudiants internationaux s’est fragilisée. Certains ont même dû recourir à l’aide alimentaire, ce qui était plutôt rare avant.

«Estudiantisation»

Le professeur Revington et la doctorante Gherbi-Rahal  s’intéresse aux causes et aux effets du processus d’«estudiantisation» (ou studentification en anglais) à Montréal, c’est-à-dire la transformation des quartiers par la population étudiante croissante.

M. Revington remarque que dans certains quartiers, comme ceux près du campus MIL de l’Université de Montréal, il y a eu une grande hausse des loyers et des évictions.

Toutefois, plusieurs étudiants profitent de loyers plus bas en périphérie du campus. Il cite en exemple les arrondissements de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Villeray.

«Les étudiants sont souvent en concurrence avec d’autres familles dans la recherche d’un logement abordable. Pour un propriétaire, c’est souvent plus rentable de louer un appartement à plusieurs étudiants que de louer le même appartement à une famille qui ne peut payer autant pour se loger», dit-il.

Il conclut en disant que les étudiants sont aussi victimes de la crise du logement.

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