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Derrière les murs

30 000. C’est le nombre de kilomètres de murs et de barrières érigés sur la planète. Entre l’Inde et le Bangladesh, entre les États-Unis et le Mexique, entre Israël et la Palestine. Et bientôt entre la Grèce et la Turquie et entre la Bulgarie et la Turquie.

«C’est frappant de voir le retour des murs en Europe», analyse Élisabeth Vallet, professeure associée au département de géographie de l’UQAM et directrice de recherche à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, qui organise le colloque Barrières, murs et frontières, qui aura lieu mardi et mercredi.

Malgré la mondialisation, des barrières se construisent encore. Pour la professeure, les discours de «monde sans frontière» évoquent un mon­de encore très localisé. «En fait, on n’a pas fait tomber les frontières, mais on les a mises en périphérie d’un territoire plus grand, indique Mme Vallet. Et il y a une volonté de plus en plus grande de sécuriser ce périmètre, avec plus ou moins de succès.»

Depuis toujours, les murs ont un but : empêcher des gens d’entrer sur un territoire. «C’est l’idée d’une forteresse», explique Élisabeth Vallet. La Grande Muraille de Chine a été érigée pour prévenir les invasions mongoles. La barrière entre le Mexique et les États-Unis vise à contenir l’immigration clandestine. «On peut se demander si le rôle des murs n’est pasplutôt une grande opération de relations publiques qui sert à rassurer les popula­­tions à l’intérieur, avance Mme Vallet. Parce que les murs n’ont jamais fonctionné. Par exemple, la Grande Muraille n’a servi à rien, et le mur de Berlin était relativement poreux. C’est un mythe de croire que l’érection d’un mur garantie l’étanchéité d’une frontière.»

«Les gens achètent le mur parce que c’est parfois vu comme la seule solution», ajoute Mme Vallet. En Arizona par exemple, à la frontière avec le Mexique, la pression migratoire est très forte. On effectue des collectes de fonds pour financer le mur auprès de la population. «Et ça fonctionne! constate la professeure. La population y sem­­­ble donc favorable.»

Les habitants des villages frontaliers voient toutefois le désarroi de ceux qui sont emmurés. «Partout où il y a un mur, il y a de la détresse humaine.» C’est le cas du paysan palestinien qui n’avait qu’à traverser la rue avant l’érection du mur pour se rendre à son champ d’oliviers. Il doit aujourd’hui faire une heure pour arriver à une porte. «Parfois, les Israéliens ne donnent accès à l’autre côté qu’en période de récolte, relate Mme Vallet. Mais s’il est impossible de s’occuper de son champ pendant la saison, la récolte en souffre.»

Certains problèmes touchent aussi des Américains qui se retrouvent enclavés entre le mur et la frontière avec le Mexique parce que la barrière est construite dans les terres américaines. C’est le cas au Texas. «Ils se retrouvent avec des immigrants clandestins et des passeurs de drogue chez eux parce que le mur est dans leur cour», raconte Mme Vallet.

Sur le mur israélo-palestinien, un graffiti dit : «Ce mur tombera.» Pour Élisabeth Vallet, tous les murs tombent un jour et deviennent des attractions touristiques, comme le mur de Berlin et la Grande Muraille. Entre-temps, de nouveaux murs sont en chantier. Et les réseaux sociaux deviennent des outils essentiels pour les chercheurs. Ici et là, des blogueurs écrivent que des projets de nouveaux murs voient le jour dans des pays où ces informations ne circulent pas facilement..

«J’ai lu que l’Iran cherchait à s’emmurer, dit Mme Vallet. Il faut vérifier ces informations, mais sans les médias sociaux, on n’en arriverait jamais à l’étape de la validation.»

Enfants du mur

De plus en plus de recherches sociolo­giques sont publiées sur les populations vivant à proximité des murs, particulièrement à la frontière mexicano-américaine. «Les enfants qui naissent avec le mur n’ont pas la même vision du mon­de, dit Élisabeth Vallet. Ils disent « Cross the wall », alors que leurs grands-parents, par exemple, disent encore « Cross the line ».» 

Des impacts environnementaux

Les murs n’ont pas que des conséquences sur les sociétés frontalières. Ils ont aussi un impact sur les écosystèmes.
– En Chine, une équipe de chercheurs a démontré que, de part et d’autre de la Grande Muraille, il y avait une évolution différenciée de la faune et de la flore.
–  Entre le Mexique et les États-Unis, on voit des changements dans les routes de migration des animaux qui ne sont pas sans conséquence.

Colloque Barrières, murs et frontières
Les 17 et 18 mai, à l’UQAM

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