Schalit: les dessous d'une libération
Dans quelques heures, demain sûrement, Gilad Schalit se retrouvera dans les bras de ses parents après 1 940 jours de captivité. Israël fêtera son retour, en échange de la libération de 1 027 Palestiniens.
Pour certains, c’est un prix trop élevé à payer; pour d’autres, c’est une porte ouverte à de nouveaux kidnappings de soldats israéliens. Le marché conclu entre le Hamas et le gouvernement de Benyamin NetanÂyahou arrive en tout cas à point nommé pour les deux.
En perte de vitesse à Gaza, fragilisé par le «printemps syrien», qui met à mal le régime de Bachar el-Assad, principal bailleur de fonds du Hamas – avec l’Iran –, le mouvement islamiste palestinien attendait le moment propice pour redorer son blason.
Il est arrivé. L’échange est asymétrique. À court terme, c’est une victoire pour le Hamas. «Sur le plan numérique, c’est un succès, mais les personnages clés du mouvement, les gros poissons, n’ont pas été libérés», rappelle dans une entrevue téléphonique Khattar Abou Diab, politologue spécialiste du monde arabe et professeur à l’université Paris-XI.
Pour Netanyahou, le deal conclu afin de retrouver «sain et sauf» le sergent Schalit est certes excessif, mais il a surtout obtenu du Hamas qu’il renonce à sa demande de libération de Marwane Barghouti, un des dirigeants de l’intifada de septembre 2000, le deuxième soulèvement populaire palestinien.
De plus, isolé diplomatiquement depuis l’offensive onusienne de Mahmoud Abbas pour la reconnaissance pleine et entière de la Palestine, il lui fallait faire un geste. Montrer qu’il pouvait être pragmatique. S’il l’a été, c’est peut-être parce que Schalit aurait pu être transféré de Gaza en Iran, comme le craignaient les Égyptiens, qui ont joué un rôle clé dans les tractations des derniers jours.
«L’Égypte est de retour dans le jeu régional. Elle profite des difficultés du régime syrien», précise Khattar Abou Diab. Sans Le Caire, les Israéliens, majoritairement favorables à un échange de prisonniers, n’auraient alors jamais pu saluer le retour de Schalit, capturé le 25 juin 2006 à 19 ans.
Ils n’oublient pas que, trois jours après, leur armée avait envahi la bande de Gaza à sa recherche. L’opération Pluie d’été s’était soldée par un échec, et 400 morts du côté palestinien.
Dans cette saga, le Hamas a certes montré que s’opposer au processus de paix n’empêche pas de s’entendre, quand il le faut, avec l’État hébreu. Il a surtout démontré que sa «stratégie de résistance» était payante, comparée à celle de M. Abbas qui, malgré sa politique de la main tendue, n’obtient pas grand-chose de Netanyahou.
En donnant son feu vert à la libération massive de prisonniers palestiniens – il en resterait plus de 5 000 –, le premier ministre israélien a affaibli Abbas. C’est peut-être ce qu’il voulait. Au Proche-Orient, plus qu’ailleurs, il n’y pas de hasard. Il y a de nombreux rendez-vous manqués.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.