Les yakuzas, truands au cœur d'or
Au Japon, les yakuzas exercent leur autorité jusque dans la construction. Ces samouraïs mafieux sont tellement implantés dans la société qu’ils prêtent main-forte à la population en temps de crise. Ils ont été les premiers à aider les victimes du tsunami en mars dernier. Métro s’est penché sur la «philanthropie» des syndicats du crime japonais.
Les membres du syndicat du crime japonais – les yakuzas – sont souvent représentés comme des tueurs n’ayant que neuf doigts (voir encadré «Quelques faits sur les yakuzas»), arborant de complexes tatouages couvrant tout leur corps et faisant usage de nunchakus. Plus concrètement, ces gangsters jouent en Bourse mieux que les courtiers de Wall Street, et semblent aussi pouvoir secourir leurs concitoyens dans le besoin plus efficacement que la Croix-Rouge.
Les yakuzas auraient été les premiers à réagir au séisme et au tsunami qui ont frappé le Japon en mars dernier; tout de suite après ces catastrophes, ils auraient expédié pas moins de 70 caÂmions pleins de vivres et de fournitures valant plus de 500 000 $, selon Jake Adelstein, un chroniqueur judiciaire bien connu au Japon. En fait, ils se plaisent à se considérer comme des ninkyo dantai, c’est-à-dire des «groupes chevaleresques».
«Ils réagissent toujours très vite après un désastre, rapporte M. Adelstein. ComÂme le Japon doit reconstruire le plus rapidement possible, éliminer le crime organisé des secteurs de la construction et du traitement des déchets est impossible.»
Étant donné leur «code de comportement» fort strict, qui leur interdit les crimes de rue, la prostitution et les hold-up spectaculaires, les yakuzas ont traditionnellement été tolérés par la société japonaise. «Ils sont généralement acceptés et considérés comme une institution, exÂpliÂÂque David Kaplan, journaliste et auteur de Yakuza: Japan’s Criminal Underworld. Le Japon a toujours préconisé à leur égard une politique de confinement plutôt que de châtiment.»
De récents rapports inÂdiquent que les courtiers en finances qui ont aidé le controversé groupe d’électronique Olympus à cacher des années de pertes de plaÂcement ont des liens avec les yakuzas. Pour ces truands, aider la population est une façon d’observer leur code d’honneur, mais aussi une manière d’obtenir une part du marché de la reconstruction. CeÂpendant, leurs affaires ne se cantonnent pas au secteur immobilier. Et, comme n’importe quel groupe d’affaires, ils ont aussi subi les contrecoups de la crise économique.
«Évidemment, comme l’économie stagne, il y a moins d’argent à faire pour eux. Voilà pourquoi ils se sont déplacés vers le secteur financier, ajoute M. Adelstein. Les gangs de yakuzas investissent dans les Bourses des marchés émergents, envoient de l’argent outremer et participent à des crimes financiers à grande échelle. Et, bien sûr, ils se livrent toujours à l’extorsion, au jeu et au trafic de drogue.»
«Au Japon, les yakuzas constituent le groupe qui présente le plus grand esprit d’entreprise et qui sait le mieux s’adapter aux circonstances», estime M. Kaplan. Selon lui, ils forment ni plus ni moins une sorte de «Goldman Sachs, mais avec des flingues».
Quelques faits sur les yakuzas
- Pas qu’un seul gang. Les yakuzas, qui forment la «mafia japonaise», sont au nombre de 86 000 et appartiennent à 22 organisations. La plus importante, Yamaguchi-gumi, emploie 40 000 personnes.
- Comme le Rotary Club… Les yakuzas ne forment pas des gangs secrets. Les livres, bandes dessinées, films et fanzines sur eux sont utiles en tant qu’outils de recrutement.
- Joindre les yakuzas. Ceux qui veulent les joindre doivent payer une somme importante, qu’ils réunisÂsent souvent en commetÂtant des crimes violents. Les yakuzas se coupent un ou plusieurs doigts en signe de loyauté et de repentir lorsqu’ils ratent une mission ou qu’ils ont quelque chose à se reprocher. Rares sont les yakuzas qui terminent leur carrière avec leurs 10 doigts.
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