Soutenez

À la recherche de l'enfance perdue

Josefina Salomon avec Elizabeth Braw - Metro World News

Kony 2012, la vidéo virale dénonçant le chef de guerre ougandais, a ramené le fléau des enfants-soldats sur le devant de la scène. Joseph Kony n’est pourtant pas le seul coupable. Métro a enquêté sur les enfants-soldats dont la vie a été ruinée à jamais, même s’ils ont échappé à leur condition.
Mais il y a toujours de l’espoir, comme le montre le témoignage d’un ancien enfant-soldat devenu une star du rap.

À l’âge de 14 ans, Emmanuel n’a jamais été à l’école. La première fois qu’il a mangé du chocolat, il avait 15 ans. Emmanuel a été durant la majeure partie de son enfance enfant-soldat dans l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), au Soudan du Sud, à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Quand il a eu neuf ans, il a appris à se servir d’un fusil russe, et on lui a dit de tuer des gens. Mais Emmanuel a eu de la chance dans son malheur. À 14 ans, alors qu’il résidait dans un camp de réfugiés, un travailleur humanitaire britannique l’a clandestinement fait sortir du camp pour l’envoyer au Kenya, où il l’a inscrit à l’école.

Aujourd’hui, Emmanuel Jal est un rappeur reconnu qui a déjà joué avec Peter Gabriel, enregistré trois albums, écrit un livre et fait du cinéma. Il est aussi à la tête d’une ONG au Soudan qui vient en aide aux enfants qui ont subi le même traumatisme que lui. «J’étais un enfant perturbé, explique-t-il à Métro. Je faisais souvent des cauchemars et j’avais souvent des problèmes. Faire de la musique a été une sorte de thérapie qui m’a apaisé. J’ai pu raconter mon histoire dans mes chansons.»

L’ONU estime que plus de 300 000 enfants participent actuellement à des conflits – un chiffre impossible à vérifier, admet l’organisme. Et même quand les hostilités cessent, ces enfants ont besoin d’aide pour retrouver une vie normale, où les armes et la mort ne font plus partie de la routine quotidienne. Selon l’UNICEF, environ 3 000 enfants ont été démobilisés depuis 2005 – dont 800 uniquement au Soudan du Sud depuis 2009. Ce sont pour la plupart des garçons de 10 à 17 ans.

Les programmes de réhabilitation, qui durent entre trois et quatre ans, fournissent à ces enfants des services d’éducation, de formation professionnelle et de soutien psychologique. Ils les aident aussi à réintégrer leur communauté. «Il est très difficile pour ces enfants de se remettre complètement du grand traumatisme qu’ils ont subi, mais c’est possible, dit la Dre Yasmin Ali Haque, directrice de l’UNICEF au Soudan du Sud. J’ai rencontré des garçons qui ont été capables de s’en sortir, et qui, avec de bons programmes d’aide, envisagent maintenant l’avenir avec optimisme. Mais il y a de grosses difficultés, notamment pour ceux qui recevaient un salaire comme soldat. Ils sont contraints de perdre leur revenu pour étudier.»

Les experts notent que, si une réhabilitation réussie ne fait pas oublier aux enfants-soldats l’épreuve vécue, elle leur permet cependant de vivre avec. «Tu vis et tu te pardonnes, dit Jal. J’ai choisi de ne pas me sentir désolé ou de pleurer. J’ai plutôt décidé d’utiliser ce qui me reste d’énergie pour trouver des solutions au problème.»


Enfants de la guerre

Les enfants-soldats sont surtout recrutés en Afrique, mais aussi dans d’autres parties du monde. La plupart sont enrôlés par des groupes rebelles, mais aussi par des gouvernements. Dans les conflits, ils sont utilisés comme soldats, porteurs, cuisiniers et espions. Environ 40 % sont des filles, souvent exploitées comme esclaves sexuelles par les combattants masculins. Parfois, les enfants sont contraints à tuer ou à estropier un membre de leur famille pendant leur entraînement. Beaucoup sont forcés à se battre, mais sont parfois volontaires ou alors poussés à devenir soldats par leurs parents. J

«Kony 2012 a sonné le réveil»

Où trouve-t-on le plus d’enfants-soldats en ce moment?

En Afrique, surtout au Tchad et en République démocratique du Congo (RDC). D’un autre côté,
le Liberia, autrefois un point chaud, n’a plus d’enfants-soldats. Ce qui nous inquiète, c’est la hausse du nombre d’attentats-suicides perpétrés par des enfants en Afghanistan et en Somalie.


Qu’est-ce qui peut être fait pour arrêter l’enrôlement d’enfants-soldats?

Juger les chefs de guerre qui y ont recours est essentiel. Thomas Lubanga a récemment été reconnu coupable par la Cour pénale internationale (CPI) pour le recrutement d’enfants-soldats en RDC.


Quel effet la vidéo Kony 2012 a-t-elle eu?

Elle a permis de faire connaître le problème des enfants-soldats. Les gens se sont mis à en parler. Mais nous aimerions nous concentrer sur les enfants plus que sur les chefs de guerre. Les ONG qui aident les enfants-soldats démobilisés à aller à l’école et à se réinsérer dans leur communauté ont besoin de plus d’argent.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.