Couillard s’en prend à Legault sur l’économie
YAMACHICHE, Qc — Pour la première fois de la campagne électorale, Philippe Couillard s’en est pris directement à François Legault, affirmant qu’un gouvernement dirigé par le chef caquiste constitue le «plus grand risque pour le Québec».
En marge d’une annonce à Yamachiche, mardi, en Mauricie, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) a estimé qu’il ne pouvait plus passer sous silence certains commentaires de son rival de la Coalition avenir Québec (CAQ), notamment dans le dossier de la rareté de main-d’oeuvre.
«M. Legault doit être le seul au Québec à ne pas être au courant qu’il y a une pénurie de main-d’oeuvre, a dit M. Couillard. Je n’en reviens pas. Il refuse de reconnaître l’existence du problème alors que je ne connais pas une seule entreprise au Québec (…) qui n’est pas aux prises avec ce phénomène.»
Alors que certains s’inquiètent de la rareté de la main-d’oeuvre, le chef caquiste, qui propose d’abaisser de 50 000 à 40 000 le nombre d’immigrants qui arrivent chaque année au Québec, a laissé entendre mardi que le problème était davantage le nombre d’emplois bien rémunérés.
Pour M. Couillard, cela indique que son adversaire caquiste est «tout sauf un chef économique politique» et qu’il est «à côté de la plaque» étant donné qu’il refuse d’identifier le «principal défi économique du Québec».
Alors qu’il avait promis une campagne positive, le leader libéral a justifié sa sortie en expliquant qu’il y avait un choix qui se cristallisait pour les électeurs, ajoutant qu’il ne s’attaquait pas à la personnalité de M. Legault, mais plutôt à ses idées.
«Souvent, on entend dire: « c’est tout pareil », a dit M. Couillard. Là, ce n’est pas pareil du tout. Je veux que les Québécois comprennent.»
Le chef libéral a également souligné que le Québec ne contrôle annuellement l’arrivée que de 30 000 personnes entourant l’immigration économique.
Lundi, le maire de Québec, Régis Labeaume, avait dit souhaiter que plus d’immigrants francophones s’installent dans la Capitale-Nationale. De son côté, dans ses demandes électorales, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) demande une augmentation des seuils d’immigration et la mise en place d’une méthode de sélection qui répond aux besoins du marché du travail.
À Québec, M. Legault a répliqué que le défi n’était pas seulement d’augmenter le nombre d’immigrants, mais de hausser le nombre de personnes qui sont bien intégrées au marché du travail.
«Sur 50 000 nouveaux arrivants, nous en perdons 13 000, a répliqué le chef de la CAQ. Il y en a 13 000, en bonne partie parce qu’ils ne trouvent pas un bon emploi, qui quittent la province. Nous ne sommes pas capables de leur offrir des emplois aussi payants qu’en Ontario.»
M. Legault a qualifié d’«échec» l’intégration des immigrants sous le gouvernement Couillard, rappelant qu’une famille de Syriens parrainée par M. Couillard avait décidé de quitter la région du Lac-Saint-Jean à la faveur de Montréal.
De plus, évoquant la lutte au décrochage, M. Legault a souligné que le taux québécois de diplomation de 76%, qui est inférieur à celui de l’Ontario, prive la province de travailleurs qualifiés.
Par ailleurs, alors que le dossier entourant la modernisation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) entre dans une phase délicate à la suite d’une entente entre les États-Unis et le Mexique, le chef libéral a également douté de la capacité de la CAQ à défendre le système de la gestion de l’offre, qui régit les productions de lait, d’oeufs et de volaille.
M. Couillard a souligné que l’économiste Youri Chassin, qui brigue les suffrages sous les couleurs de la CAQ, avait souvent critiqué ce système dans le passé en plus de s’y opposer.