Les services secrets accusés de harcèlement
Soixante-huit organisations se sont regroupées pour dénoncer les agissements du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) et appellent à ne pas collaborer avec cet organe.
Le Réseau de la Commission populaire (RCP), que composent ces associations, dénonce les «pratiques illégales» que l’agence d’espionnage utiliserait pour instaurer un climat de méfiance et de suspicion parmi les communautés visées. Sans donner plus de précisions, les membres du RCP ont abordé l’utilisation de preuves obtenues sous la torture et les visites nocturnes.
Activistes politiques, anticapitalistes, syndicalistes, membres d’associations étudiantes et surtout populations immigrées seraient les principales cibles de ces enquêtes de voisinage un peu trop poussées. La stigmatisation de certaines communautés, notamment la population arabo-musulmane est pointée du doigt.
Il s’agit le plus souvent d’enquêtes inopinées. Des agents viennent à votre porte, chez vos amis, votre famille ou sur votre lieu de travail pour vous poser des questions. Intimidation et harcèlement accusent les concernés. Des dizaines de cas ont été enregistrés par les services du RCP avec un pic en 2010, l’année du G20 de Toronto et des Jeux olympiques de Vancouver.
Et pourtant, les représentants des associations concernées affirment que ces investigations n’ont pas lieu d’être. «Il y a une différence entre comploter et s’organiser», affirme Francis Lagacé, 2e vice-président du Conseil central du Montréal métropolitain. «Pire, le SCRS exploite la vulnérabilité des migrants et distille la peur», ajoutent Dolores Chew au nom du centre communautaire des femmes sud-asiatiques et Amy Darwish de Tadamon! Montréal.
Au nom du respect de la vie privée, le RCP distribue un fascicule afin de préparer les habitants à des potentiels visites. Ils y conseillent non seulement de ne pas répondre aux questions, mais surtout de ne pas écouter les agents. «Leur seul but est de créer des spéculations inutiles, voilà pourquoi il ne faut pas les écouter», note Jaggi Sing, représentant de Solidarité sans frontières. «Ils font même pression pour que les enquêtés deviennent des taupes à leur service. Quand on leur répond, ils s’imaginent qu’on sait des choses». «Nous avons toléré depuis trop longtemps des activités inacceptables par peur ou par fausse loyauté. Mais à 68, on est plus fort», conclut Marie-Ève Lamy du RCP.