Mélanie Joly gonflée à bloc
Même si les élections municipales sont passées, la candidate défaite à la mairie de Montréal, Mélanie Joly, est toujours en mode électoral. Elle jette présentement les bases de son parti, Vrai changement pour Montréal, avec les membres de son équipe qui ne l’ont pas quittée après le scrutin.
«La motivation est très élevée, confie la chef de parti. Les gens ont adoré leur expérience. Il faut canaliser un peu les énergies parce que les gens sont très enthousiastes.»
L’objectif de la jeune avocate et de ses troupes est clair: la mairie en 2017. Pas question de se laisser tenter par la politique fédérale. «Je veux faire de la politique municipale», insiste-elle.
Dès qu’elle en aura l’occasion, Mélanie Joly sera candidate à une élection partielle. Le district de Saint-Jacques, que délaissera le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, d’ici environ 18 mois, pourrait lui convenir. «Il peut se passer énormément de choses au cours de la prochaine année, dit-elle, avec prudence. Dans les circonstances, on évaluera les scénarios à mesure qu’ils se présenteront.»
Retour sur l’année imprévisible de Mélanie Joly.
Il y a un an, personne ne pouvait prédire que vous vous lanceriez dans la course à la mairie de Montréal. À partir de quel moment vous avez sérieusement envisagé de vous lancer en politique municipale?
Il y a deux ans, j’ai mis sur pied un groupe de réflexion [Génération d’idées]. On se voyait à toutes les deux semaines. L’idée, c’était de relancer Montréal. On était une vingtaine de personnes. La plupart était assez jeune et provenait de plein de milieux. Notre objectif était d’arriver avec des idées très différentes et un bagage d’expérience différent pour les élections municipales de 2013. Ça semblait un rêve… mais pas en dehors de notre portée. On a décidé de réaliser ce rêve et ç’a été marquant comme expérience. On a eu un impact sur notre environnement. On a été capable de prendre un projet et de le réaliser.
Dans le groupe, est-ce que vous étiez pressentie pour devenir mairesse?
C’est moi qui ai créé le groupe. Et les réunions avaient lieu chez moi. Étant donné que je payais la pizza, ils ont tous pensé que j’étais pressentie pour devenir mairesse. (Rires)
Vous avez annoncé votre candidature à la mairie le jour où le maire Michael Applebaum a été arrêté. Avez-vous regretté de ne pas avoir repoussé votre annonce?
Non. Absolument pas. On ne contrôle pas tout. Les avis aux médias avaient été envoyés. Ce n’est pas comme cela que je voyais mon lancement, mais je ne le regrette pas.
Quand vous avez commencé à faire campagne, vous étiez sous-estimée par les médias traditionnels. Qu’est-ce qui vous poussait à poursuivre?
J’y croyais à ce vent de changement. Je le voyais. Il y avait de l’intérêt pour les nouveaux venus. J’ai fait beaucoup de terrain et mes idées rejoignaient ce que les gens me disaient. Je ne suivais pas la couverture médiatique. L’important, quand tu as un objectif, c’est de travailler pour le réaliser. Il ne faut pas se laisser détourner de cet objectif. Il faut être capable de faire face aux conséquences.
Le premier candidat de votre formation politique, Jean Fortier, qui a déjà présidé le comité exécutif, vous a laissé tomber au mois d’août. Est-ce que cela a été dur à accepter?
Pas vraiment. Jean est venu me voir pour me dire qu’il quittait. On s’est entendu sur les termes de son départ. Après, il y a eu Marie-Claude Johnson qui est devenue ma colistière. Marie-Claude et moi, c’était un duo qui allait de soi. Marie-Claude avait fait partie des groupes de réflexion. Elle avait participé à élaborer la stratégie au départ. C’était naturel d’avoir Marie-Claude.
Quel a été le point tournant dans la campagne électorale, selon vous?
Il y a différentes choses. Il y a eu Marie-Claude Johnson, qui est devenue ma colistière, et il y a eu le deuxième sondage [qui me plaçait au second rang]. C’est là, en l’espace d’une journée et demie, que tout a changé. Il a fallu que je me prépare pour le débat de Radio-Canada. On avait une très petite équipe de préparation et on n’avait pas beaucoup de temps. Et il fallait que ça sorte, mais ça s’est bien passé.
Avez-vous tenté de recruter des élus?
Non. L’objectif était vraiment d’avoir des nouveaux venus. Mais il y a eu Pierre Mainville qui a décidé de nous appuyer.
Pendant la campagne, vous avez été très peu attaquée. Devant la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Richard Bergeron a même dit que les principaux candidats masculins ne pouvaient vous attaquer sans que cela leur revienne rapidement au visage. Qu’en pensez-vous?
C’est complètement ridicule. C’est totalement faux de dire que je n’ai pas été attaquée. Au départ, on a dit que j’étais trop jeune, que je n’avais pas de contenu, que je n’avais pas d’équipe et que je n’avais pas d’expérience. Il y avait des machines de communication pour m’attaquer.
Jusqu’au 3 novembre, vous avez cru pouvoir devenir la première mairesse de Montréal?
Oui. Et j’y crois toujours. J’étais prête. Le discours de victoire était écrit. Le comité de transition était formé.
Vous êtes arrivée au deuxième rang dans la course à la mairie. Est-ce difficile à accepter?
C’était une victoire morale qu’on a eue. Mais, c’est sûr que ça aurait été un beau rêve qui se réalise. Ce n’est que partie remise.
Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez divisé le vote?
C’est n’importe quoi. On est dans une démocratie. Tout le monde peut se présenter aux élections.
Avec du recul, qu’auriez-vous pu faire pour l’emporter?
Avoir un peu plus de temps et avoir une meilleure organisation, ça aurait pu changer la donne. Je suis très contente de toutes les décisions qui ont été prises parce qu’elles ont été prises sur la base de l’information qu’on avait au moment où elles ont été prises.
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Que pensez-vous des décisions du maire Denis Coderre jusqu’à présent?
On va regarder ce qu’il fait pour lutter contre la corruption et que la Ville soit plus transparente. Ç’a été l’enjeu numéro un de la campagne. Il faudrait aussi qu’il présente ses priorités parce qu’elles ne sont pas claires. Le problème avec M. Coderre, c’est qu’il n’a présenté aucune vision pendant la campagne. On va voir où il ira.
Que pensez-vous du départ de Richard Bergeron?
M. Bergeron a donné énormément à la vie municipale. Il a contribué à amener une vision urbanistique intéressante de Montréal. Son apport est indéniable.
Au lendemain de l’élection, vous avez parlé de la nécessité de coordonner le travail de l’opposition. Qu’en est-il?
Il faut s’assurer que l’opposition ait une bonne représentation. Il y a quand même 70% des gens qui ont voté contre M. Coderre. Il faut s’assurer que la vision qui a été présentée lors de la campagne soit mise de l’avant. Même si je ne suis pas élue, je suis présente à tous les conseils de ville. La beauté des technologies, c’est que je peux envoyer des SMS ou des courriels à mes élus. Ça ne s’est jamais vu dans l’histoire du conseil de ville. Il y a une première à tout.