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Ces immigrants ni vus, ni connus

C’était dimanche soir. La fête des Pères était presque finie. Le gérant de mon resto favori me parlait de son papa chilien qui était arrivé ici en 1974. Ce n’était pas la première fois qu’on jasait ensemble, mais avec son français sans accent, je n’avais jamais deviné que ses origines étaient d’ailleurs. D’un coup, ça m’a fait penser à tous ces immigrants qui sont venus s’établir ici dès la fin des années 1960. Vous savez, ceux dont il n’est jamais question dans les rapports de commission.

J’ajouterais même, ceux dont il n’est jamais question, point à la ligne. Ils sont partis, parfois pour fuir de régimes politiques totalitaires ou alors parce que des poussées d’intégrisme religieux leur annonçaient un futur sombre et plein d’embûches sur leur propre terre natale. Plus bêtement, d’autres sont venus au Québec pour vivre plutôt que survivre…

Ils débarquaient ici au beau milieu d’un débat linguistique qui mêlait deux langues qu’ils ne distinguaient encore pas tout à fait. Ils allaient crécher chez des connaissances et, au bout de quelques mois, ils devenaient autonomes. C’était alors à leur tour d’accueillir ceux qui venaient les rejoindre. En les voyant se serrer ainsi les coudes, ils nous ont donné des leçons de solidarité dont on ne s’est pas encore assez inspiré. Ils n’étaient pas de ceux qui profitaient le plus de nos services sociaux. La plupart du temps, ces nouveaux arrivants en ignoraient même l’existence.

Ils n’étaient pas regardants sur le travail non plus. Certains ont pris une méchante débarque en acceptant un premier emploi qui les faisait subitement passer de cadre supérieur dans leur pays à passeur de vadrouille dans une «shoppe» de Ville Saint-Laurent. Sinon, c’était de simples ouvriers avec le cour gros comme ça, qui n’hésitaient pas à accepter le quart de nuit. Ils étaient persévérants et devaient même parfois affronter une forme d’intolérance d’apparence inoffensive, celle que nous refusons encore régulièrement de reconnaître «parce que c’est bien moins pire icitte qu’ailleurs…»

Salut à ces citoyens du Québec nés ailleurs. Ces immigrants qui n’en sont plus parce qu’après quarante, trente ou vingt ans de vie à un endroit, on y est chez soi. La semaine prochaine, c’est la Saint-Jean. Bonne Fête nationale à tous. Sans exception…

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