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«On veut rester ouverts»: les restaurateurs testent le passeport vaccinal

Le Midway
Le bar Midway. Photo: Capture d'écran Le Midway

Les clients et le personnel du bar le Midway ne semblaient pas trop importunés par les manifestants postés devant l’établissement, vendredi en début de soirée, à l’occasion de la première journée du projet pilote sur l’application du passeport vaccinal à Montréal.

Si le propriétaire du Midway, Charles Landry, a proposé la candidature de son bar quand il a appris que la Santé publique cherchait des volontaires pour tester l’application du passeport vaccinal, c’était essentiellement pour avoir la chance de s’exprimer.

«C’était pour dire : les restaurants, les bars, on veut rester ouverts, qu’est-ce qu’on doit faire pour aider notre sort?»

Charles Landry, propriétaire du Midway

«Au début de la pandémie, déjà, on avait été avant-gardiste. On avait installé des plexiglas et instauré un registre avant, juste pour être sûr d’éviter une fermeture.»

Malgré cela, quand le gouvernement a décrété le confinement à l’automne dernier, il n’a pas pu maintenir ses activités. «On a été fermé pendant près de 15 mois. Ça été difficile pour nos employés. Maintenant, on est reparti. On roule à moins que c’était, mais on a quand même nos clients réguliers qui viennent nous voir.»

Sur les réseaux sociaux, devant les critiques de ceux qui s’opposent aux mesures sanitaires, le propriétaire du Midway assure qu’il reste neutre dans le débat sur la vaccination et les mesures qui l’entourent.

«On a reçu des commentaires positifs – merci tout le monde – et on a reçu aussi beaucoup de commentaires négatifs. Je pense qu’il y a une mauvaise compréhension de notre rôle dans tout ça. C’est pas nous qui l’implantons, on n’est pas «pour» un passeport vaccinal. Pour nous, ça utilise plus de ressources, alors qu’on est déjà en pénurie de main-d’œuvre, et ça ralentit l’entrée des clients. Pour nous, le meilleur scénario, c’est de revenir à la normale. Mais si je peux avoir la chance de rester ouvert face à une 4e vague, aussi bien donner mon opinion et mes suggestions au gouvernement.»

Cédric, serveur au Midway, s’est lancé à son compte quand le bar a fermé, mais il a fait le choix de revenir à son poste à sa réouverture.

«Même en ne sachant pas si j’allais faire le même argent ou avoir le même plaisir, j’ai pris le guess de revenir, et, étonnamment, les sceptiques seront confondus, parce que je fais probablement de meilleures payes que ce que j’ai fait depuis quatre ans et que j’ai retrouvé le plaisir que j’avais un peu perdu.

«J’avais moins de plaisir l’été passé, quand les gens n’étaient pas encore à l’aise avec les mesures sanitaires et que je devais faire un travail policier».

Cédric, serveur au Midway

Pense-t-il que le passeport vaccinal aura des effets sur son travail? Pas particulièrement. «Mon travail ne changera pas beaucoup, sauf pour le scan à l’entrée. Ce qui va changer, c’est que j’ai l’impression que je vais avoir affaire à des clients plus responsables.»

Quant aux manifestants rassemblés devant le Midway, ils ne le dérangent pas. «Je ne pense pas qu’ils cognent à la bonne porte, mais je trouve ça sain qu’il y ait une contrepartie au pouvoir.»

Un de ces manifestants rencontré devant le Midway dit qu’il s’est déplacé pour protester contre la discrimination qu’il associe à l’implantation d’un passeport vaccinal devant un établissement qui, selon lui, fait le jeu du gouvernement. Il estime que la mesure est une forme d’obligation vaccinale déguisée, et qu’avec elle, le gouvernement «est en train de diviser les Québécois en deux parties.»

«Le peuple doit faire de quoi!»

Un manifestant

Un nouvel argument pour les opposants

Le weekend dernier, après l’annonce de l’imposition d’un passeport vaccinal par le gouvernement devant la montée des nouveaux cas de COVID-19 et du variant Delta, une manifestation a réuni des milliers de personnes dans le centre-ville de Montréal.

«L’implantation prévue de la passe sanitaire est un préjudice sans précédent […] Nous devons dire NON tous ensemble», déclaraient sur les réseaux sociaux les organisateurs de la marche, le groupe Québec Debout.

Et alors que les opposants aux mesures sanitaires décriaient jusqu’ici les vaccins contre la COVID-19, le confinement et le couvre-feu de cet hiver, ils ont un nouveau cheval de bataille avec la «pass sanitaire», soit le détournement potentiel et l’utilisation des données personnelles recueillies via la numérisation du code QR des clients à l’entrée des établissements.

Cette nouvelle crainte peut leur paraitre d’autant plus justifiée que des hackers ont annoncé vendredi avoir réussi à créer en 15 heures une application permettant de copier les renseignements personnels inclus dans le passeport vaccinal et de suivre à la trace certains déplacements des Québécois.

La frange de la population qui s’oppose au passeport vaccinal reste toutefois minoritaire. Les Québécois sont dans de larges proportions favorables à la mise en place de ce document qui sera demandé dans les bars, les restaurants, les salles d’entraînement et les événements d’envergure au Québec à partir du 1er septembre.

Dans un sondage Léger publié vendredi, 81% des Québécois se disent en faveur de ce document.

Dans le détail, 63% se disent «fortement en faveur» et 19% «plutôt en faveur». Du côté des Québécois qui s’y opposent, 7% se disent «plutôt contre» et 12% «fortement contre». 

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