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24 heures dans sa chambre avec sa conjointe décédée au CHSLD Herron

Photo: iStock

Un résident du CHSLD Herron a dû rester 24 heures dans la même chambre que sa conjointe décédée avant que quelqu’un ne s’occupe du corps de sa bien-aimée. Atteint de la maladie d’Alzheimer, l’homme retournait voir la défunte de temps à autre, redécouvrant sa mort à chaque occasion.

Voilà une partie du récit horrifiant exposé par une infirmière auxiliaire au septième jour de l’enquête du coroner visant à faire la lumière sur les circonstances entourant les 47 décès survenus dans l’établissement privé lors de la première vague de COVID-19. 

Depuis plus d’une semaine, les témoins s’enchaînent à la barre et font état à la coroner Me Géhane Kamel de ce qu’ils ont vécu au printemps 2020. 

Mardi matin, une infirmière auxiliaire, dont le nom est frappé d’un interdit de publication, a raconté qu’elle avait travaillé sans cesse dès le 29 mars 2020, alors que la grande majorité des employés avaient quitté le navire. 

Comme plusieurs témoins avant elle, la femme a rapporté ce qu’elle a vu: des résidents déshydratés et affamés, qui avaient été laissés dans leurs excréments et leur urine. «Je ne pouvais pas quitter. À la fin de la journée, je devais pouvoir me regarder dans le miroir. Ceux qui ont quitté, je n’ai aucune idée comment ils ont pu le faire», a déclaré celle qui a ensuite fait le travail d’une préposée aux bénéficiaires pendant trois semaines.

Même après que le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal ait pris en charge le CHSLD Herron en avril, le «chaos régnait encore», a indiqué la témoin, qui a ajouté avoir reçu des ordres différents de la part des responsables du CIUSSS. Selon elle, il y avait trop de dirigeants et pas assez de personnes pour exécuter le travail.

Des corps laissés dans les chambres

Contre-interrogée par l’avocat représentant les familles des défunts, Me Patrick Martin-Ménard, la témoin a expliqué la procédure à suivre quand un décès survenait. 

Si elle a constaté la mort de plusieurs résidents, l’infirmière auxiliaire ne pouvait remplir les avis de décès. Elle en informait plutôt la responsable du CIUSSS à ce moment, Maria Nelson, une infirmière coordonnatrice aux soins.

«Il y a eu quelques occasions où la personne a été laissée dans la chambre pendant plus de 24 heures, a-t-elle dit. J’estime que les corps n’étaient pas bien traités et que le respect qui leur était dû n’était pas apporté. C’était une chose sur laquelle Maria et moi, on n’était pas d’accord.»

Lorsque Me Martin-Ménard lui a demandé de citer quelques exemples de situations litigieuses, la témoin a expliqué qu’elle voulait nettoyer et changer les défunts, ce que Mme Nelson l’empêchait de faire. «Maria m’a crié dessus en me disant de sortir de la chambre. Elle traitait les personnes qui étaient décédées comme si elles étaient atteintes de la peste», a notamment raconté la femme à la barre.

Le corps de la conjointe du résident souffrant de la maladie d’Alzheimer n’a pas été déplacé avant 24 heures, a aussi relaté la témoin. «Entre-temps, la chambre d’en face était vide […] Je trouvais que c’était complètement inapproprié de ne pas retirer ce corps et de le mettre dans une chambre complètement vide», a-t-elle ajouté. 

Selon le témoignage de l’infirmière auxiliaire, il y avait beaucoup de confusion concernant la responsabilité ultime de la gestion du CHSLD Herron au printemps 2020. Les rôles n’étaient pas clairs entre le CIUSSS, le ministère ou les gestionnaires de l’établissement qui a fermé ses portes à l’automne 2020.

Seule pour une cinquantaine de patients

Mardi après-midi, une préposée aux bénéficiaires qui travaillait au CLSHD Herron depuis 2011 a raconté qu’elle a dû s’occuper d’une cinquantaine de résidents la soirée du 29 mars, date critique dans le fil des événements analysés. 

La femme s’est retrouvée à faire seule le travail de six préposées aux bénéficiaires, puisque le reste de ses collègues de son étage ne s’étaient pas présentés à leur quart de travail. Toutefois, il manquait «toujours» de personnel au CHSLD Herron, et ce, même avant la pandémie, a souligné la témoin, comme d’autres employés avant elle. 

Selon le récit de la soignante, une majorité de patients étaient souillés à son arrivée le 29 mars parce qu’ils n’avaient pas été changés durant la journée. Plusieurs plateaux de repas n’avaient pas été touchés, a-t-elle ajouté. 

Lorsque la coroner a demandé à la témoin à partir de quel moment la qualité des soins offerts aux patients a pu «revenir à la normale», celle-ci lui a répondu que cela n’avait pas eu lieu avant le mois de juin. «Je n’ai pas pris de journée de congé avant le mois de juillet», a-t-elle d’ailleurs mentionné.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a déjà annoncé qu’il ne déposerait pas d’accusations dans ce dossier.

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