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Le français écrit en chute libre à Montréal

Le taux de réussite de l'examen de fin de secondaire est en chute libre à Montréal comparativement aux chiffres de 2019. Photo: iStock/smolaw11

Les taux de réussite à l’examen de français écrit de 5e secondaire sont en chute libre partout au Québec par rapport aux chiffres de 2019, notamment à Montréal, où plusieurs centres de services scolaires affichent un taux inférieur à 60%. Cet examen ministériel ayant habituellement lieu chaque fin d’année scolaire avait été annulé pendant deux ans en raison de la pandémie avant d’être de nouveau tenu l’an dernier.

Selon les chiffres du ministère de l’Éducation, 59,1% des élèves du centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys ont obtenu la note de passage en juin dernier, alors que 72,9% ont réussi l’examen en 2019. Du côté du centre de services scolaire de Montréal, 58,6% ont réussi l’examen, comparativement au taux de 68,5% observé en 2019, rapporte La Presse.

La pandémie et l’échec

«Je suis surprise et troublée de l’ampleur de ces résultats, admet la professeure au Département de didactique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Isabelle Plante. On avait anticipé un scénario moins pire que celui-ci. Il y a toujours des élèves qui échouent, oui, mais on parle ici d’une augmentation de l’échec de 15-20% dans certains centres scolaires au Québec. La pandémie a indéniablement joué un rôle sur le taux de réussite.»

Deux facteurs ont gonflé les chiffres de 2022 selon elle: les élèves à risque d’échec (ayant des moyennes entre 60 et 69%) en écriture ont basculé dans l’échec en raison du manque d’encadrement et de stimulation, et la transmission moins efficace des compétences en raison des limitations imposées par l’école à la maison.

«Je pense que ça va prendre des solutions plus intenses que ce qu’on voit en ce moment, et ce, dans l’ensemble des matières, au-delà de l’écriture. Il y a toujours des mises à niveau en début d’année scolaire habituellement, mais avec la pandémie, chaque rentrée n’a pas permis de bien consolider les acquis. Il va falloir appliquer des mises à niveau intensives autant au secondaire qu’au collégial, où les enseignants ont déjà exprimé à plusieurs reprises une inquiétude quant au niveau de français des jeunes admis.»

Du côté de la vice-rectrice aux affaires étudiantes et aux études du Département de didactique de l’Université de Montréal, Pascale Lefrançois, cette baisse de la qualité de l’enseignement est attribuable au manque de rétroaction en réaction à la plus forte présence de suppléants en classe durant la pandémie.

«Je ne veux pas condamner le recours aux suppléants durant la pandémie et qui ont permis d’offrir de l’enseignement aux jeunes, mais il demeure que la qualité de l’enseignement a été amputé. Pour apprendre comment écrire, il faut écrire et obtenir des rétroactions. Le suppléant, par nature, ne corrigera pas et ne donnera pas de rétroactions. Donc c’est plutôt au niveau du manque de suivi sur les compétences des élèves qu’il faut regarder comment améliorer la situation.»

Raccourcir les vacances d’été?

Mme Plante souhaite que l’on revoie le calendrier scolaire, qui selon elle n’est plus adapté aux besoins actuels. Elle propose de réduire le nombre de semaines de congé durant les vacances d’été afin de les distribuer plus équitablement durant l’année scolaire, ce qui ferait en sorte que les jeunes décrochent moins du rythme d’apprentissage scolaire.

«Les étudiants les plus faibles en perdent davantage l’été, et à l’issue du parcours scolaire, ces derniers ont eu ce qu’on appelle des “pertes estivales” équivalant à une année scolaire. J’ai souvent recommandé un calendrier scolaire, dans un esprit de répartition des semaines de vacances, ajoutant une semaine à Pâques et en octobre, par exemple, et retardant les vacances estivales, afin que les élèves perdent moins de connaissances et de compétences.»

Au passage au micro de Radio-Canada, l’ancien ministre de l’Éducation et désormais ministre de la Langue française Jean-François Roberge se dit «inquiet» des résultats et affirme que ce portrait «n’est malheureusement pas très surprenant» compte tenu des risques provoqués par la pandémie et les mesures sanitaires imposant l’école en ligne.

Le cabinet du ministère de l’Éducation n’a toujours pas répondu à nos demandes de commentaires sur le sujet.

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