En auto avec Richard Bergeron
Ah nooonnn, pas encore un article sur le Plateau! Attendez les amis, là on a un méchant concept: faire une balade en auto avec le politicien montréalais qui haït le plus la voiture, Richard Bergeron, chef de Projet Montréal. Bref, c’est un peu comme interviewer George Laraque chez Schwartz, ou Louise Harel au Super Sex: c’est-à-dire hautement improbable!
En plus là, c’est dans une Communauto 100% électrique. Ce billet de blogue est donc certifié sans GES. Le lieu de la balade: le sud-ouest du centre-ville, dans le quartier ayant l’un des plus gros potentiels de développement à Montréal. On parlera politique et urbanisme (M. Bergeron est un ancien prof d’urbanisme), avec une petite note sur les performances de la Nissan Leaf 100% électrique.
Comment revitalise-t-on un quartier quand on est un politicien? Il faut y investir un minimum pour attirer ensuite les investisseurs privés. Mais il faut aussi encadrer les projets de ces derniers pour éviter qu’ils ne «scrapent» le secteur en voulant maximiser leurs profits. Suivez le guide.
1- Coin des rues William et de l’Inspecteur.
Dans le quartier Griffintown, l’un des plus beaux exemples de revitalisation immobilière est la transformation du site de l’ancienne chocolaterie Lowney en 11 phases totalisant plus de 700 condos. «Au début des années 2000, personne ne donnait cher de ce projet à cause du secteur de type industriel particulièrement délaissé», se souvient M. Bergeron qui n’a que de bons mots pour le groupe Prevel, à l’origine du projet. «J’ai beaucoup d’admiration pour le secteur privé qui ose. Pour des concepts comportant un tel risque commercial, les élus doivent se montrer compréhensifs en ne multipliant pas les exigences, LEED, logement social et autres. Il y a quand même des limites à ce qu’on peut demander à un promoteur!», selon lui.
Soulignons que le redécollage du quartier a été initié par la décision gouvernementale d’installer en 1995 l’École de technologie supérieure sur les anciens terrains de la brasserie O’Keefe, non loin de là.
2- Coin des rues Ottawa et Peel.
La Leaf s’arrête devant la première phase du projet de Devimco. Il s’agit de District Griffin, quatre édifices de 17 à 20 étages qui abriteront d’ici 2012 1375 logements, des commerces et un hôtel. On est aussi à deux pas du Canal de Lachine d’un côté et à 10 minutes du centre-ville. L’endroit est idéalement placé et pourtant on ne trouve ici que de vieux entrepôts miteux, symbole du temps où Montréal adoptait les mêmes règles d’urbanisme désastreuses que bien des villes américaines en délaissant son centre-ville.
Depuis dix ans, le gouvernement fédéral et la Ville ont rendu le canal de Lachine de nouveau navigable, refait le viaduc tout proche et détruit le vieil héliport pour attirer les investisseurs privés. Il aura fallu attendre 10 ans avant qu’un gros investisseur tente le jackpot : racheter 75% des terrains, soit suffisamment pour demander à la Ville 1- de changer le zonage (de «zone d’emploi» à «mixte» pour favoriser le résidentiel) et 2-d’exproprier les propriétaires des 25% restants.
Mais la Ville a refusé pour les expropriations. «Leur projet initial était très mauvais car il privilégiait l’auto et les gros commerces sans faire de place pour le logement social», résume M. Bergeron. Plusieurs promoteurs se sont engouffrés dans la brèche et ont raflé certains terrains que convoitait Devimco. Un terrain valant 40 000$ il y a dix ans en vaudrait 1 M$ aujourd’hui, plusieurs propriétaires se sont ainsi retrouvés d’un coup millionnaires! Ironiquement, si Devimco vient tout juste de commencer à se déployer sur le site, plusieurs des petits projets de condos des concurrents sont déjà bien avancés.
3- Au coin des rues Séminaire et Bassin.
On est en face de l’ancien tri postal, un immense site de 10 hectares sous juridiction fédérale qui comprenait aussi un stationnement pour 1000 autos. C’est aujourd’hui la Société immobilière du Canada (SIC) qui est en charge de développer l’énorme site. «Ça me rassure que cela soit un organisme public qui pilote le dossier, car si le projet se doit d’être rentable, il y a aussi une obligation de faire quelque chose de remarquable», confie M. Bergeron.
Remarquable comme l’eau qui sera très présente dans le futur projet des Bassins du Nouveau Havre. Les bâtiments comptant plus de 2 000 logements seront en effet construits autour et au dessus des canaux qui étaient historiquement présents sur le site, mais qui ont été rebouchés dans les années 1960. On les ressuscitera.
Mais comment va-t-on arriver à vendre tous les logements qui se construisent actuellement à Montréal? «Aucun problème, d’ici 2031, on prévoit que le Grand Montréal comptera 531 000 personnes de plus. Cela correspond à environ 270 000 nouveaux logements à construire dans la région. Si on veut éviter qu’ils n’aillent s’installer en banlieue, Montréal doit avoir une offre de qualité en matière d’urbanisme», souligne M. Bergeron.
Ça, en langage Bergeron, ça veut dire : «Le maire Tremblay ne fait pas l’affaire, élisez moi maire de Montréal en 2013»!
Et la Leaf électrique dans tout cela? On ne voit pas la différence avec une auto traditionnelle, mis à part qu’elle ne fait absolument aucun bruit et qu’on n’a plus à passer par la station service. Par contre, elle coûte encore bien cher. 33 000$ (après les 7 000$ de subvention gouvernementale), cela représente quand même le double d’une voiture de sa catégorie. Reste donc à voir si l’auto électrique sera suffisamment rentable pour que Communauto l’offre au même prix que ses autres véhicules.