Briser la glace en canot
Un sport extrême en canot sur le fleuve en plein hiver? Oui, c’est possible. Il suffit d’utiliser son canot pour trottiner sur la glace et pagayer dans l’eau glacée, en alternance. Expliqué de cette façon, le canot à glace a l’air très simple. Mais ce sport unique, que Métro a testé mercredi, est pour le moins exigeant et surprenant.
Une douce neige tombe sur l’eau gelée, aux abords du Quai Alexandra, dans le Vieux-Port. Les cinq membres de l’équipe féminine Bota Bota – La Relève positionnent leur canot.
Les jeunes filles s’entraînent en vue du circuit québécois de canot à glace, qui s’arrêtera au Vieux-Port de Montréal le 23 février prochain. D’ici là, elles ont une compétition samedi, à l’Isle-aux-Coudres. La grande tournée provinciale de ce sport extrême se terminera à Québec, le 2 mars.
Une des jeunes filles nous cède la place; nous tentons de nous familiariser avec nos deux principales armes, des souliers à crampons à glace et une rame munie de pics.
C’est parti. Nous suivons l’équipe, qui court sur la glace en faisant avancer le canot. Puis, nous passons en mode trotte. Nous accotons un genou dans le canot (après être passé très près d’embrasser le sol) et le poussons en nous servant de l’autre jambe pour trottiner sur la glace, qui semble solide. Nous avançons vers l’eau, en prenant une bonne vitesse de croisière (petite précision à tous ceux qui se disent que trotter a l’air facile et amusant: ça demande beaucoup de souffle!).
La glace lisse fait place à de gros amas, que nous devons éviter. La rencontre des blocs de glace avec le canot produit un bruit d’ambiance imposant. Les filles communiquent pour avancer ensemble; nous tentons tant bien que mal de suivre leur rythme.
L’eau approche. Au signal, nous rentrons notre jambe à l’intérieur de l’embarcation et pivotons pour nous asseoir dans le canot, prête à pagayer. Comme il faut s’asseoir à l’envers, nous avons instantanément le réflexe de pagayer dans le mauvais sens, bien que nous ayons été prévenue. Nous tâchons de suivre les autres rameuses, en gardant la cadence. Soulagée de ne pas avoir fait chavirer le canot, la gaffeuse en nous sourit, tout en pagayant (après avoir considérablement ralenti le rythme effréné des athlètes).
Dans ce circuit contrôlé et dépourvu de courant, l’alternance entre les deux modes d’avancée est assez simple et prévisible. Mais dans un réel circuit de compétition, sur le fleuve, les conditions sont beaucoup plus difficiles, racontent les jeunes filles. Des trous d’eau viennent ponctuer la glace solide et «des blocs de glace aussi hauts que toi te barrent le chemin» et en font un véritable sport extrême, explique Marianne Biron-Hudon. Marianne est la barreuse de l’équipe; située au bout du canot, elle s’occupe de diriger l’embarcation lorsque celle-ci est dans l’eau.
À l’instar des autres filles de l’équipe, elle a 21 ans et pratique ce sport inusité depuis seulement un an. L’ancienne joueuse de rugby s’est tournée vers cette discipline à la suite d’une blessure qui l’empêchait de pratiquer son sport de prédilection. Ce qu’elle aime le plus? L’aspect inusité du sport, mais surtout son impondérabilité.
«Tu ne sais jamais à quoi t’attendre, d’une fois à l’autre. C’est très physique, mais aussi très stratégique. Tu dois jouer avec l’imprévisible du fleuve et de la glace.»
Assez pagayé. L’équipe fait demi-tour. Nous ressortons notre jambe une fois le canot rendu sur la glace ferme, et trottons jusqu’au quai, haletante, avec le reste de l’équipe. Après quelques secondes de triomphe, nous réalisons qu’il nous faut quelques bonnes minutes pour retrouver notre souffle.
L’expérience nous laisse amusée (et essoufflée). Il va sans dire que pour les amoureux de l’eau, ce contact avec le fleuve en plein hiver a de quoi effacer toutes les traces de dépression saisonnière. Et, bien que ce soit exigeant physiquement, le canot à glace semble s’apprendre rapidement. Nous retournons au chaud, pendant que les cinq filles se remettent à l’entraînement, à peine réchauffées.
Sorti des boules à mites
Au XVIIe siècle, on traversait le fleuve Saint-Laurent en canot à glace pour transporter du courrier et de la marchandise. Ce n’est que dans les années 1950 que l’embarcation devient un outil de compétition sportive et que des courses annuelles sont organisées.
Depuis quelques années, ce sport ancestral connaît un certain regain de popularité. De plus en plus d’équipes s’inscrivent au circuit provincial. Et cette année, après 20 ans d’absence, le Défi canot à glace revient dans la région montréalaise.
Les filles de l’équipe Bota Bota – La Relève, originaires de Québec, estiment qu’elles ont des chances de se rendre sur le podium dans le circuit montréalais, parmi les 14 équipes féminines participantes. Rendez-vous le 23 février au Vieux-Port pour les encourager!









