Montréal
14:34 4 décembre 2020 | mise à jour le: 4 décembre 2020 à 16:10 temps de lecture: 6 minutes

Achat local: vers une modernisation du Panier Bleu

Achat local: vers une modernisation du Panier Bleu
Photo: Josie Desmarais/MétroLe ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon.

Alors que les ventes en ligne sont en forte hausse au Québec, des représentants du secteur du commerce du détail réclament des améliorations au Panier Bleu et la mise en place de services de livraisons locaux fiables et efficaces.

Au cours des derniers mois, le secteur du commerce du détail dans le Grand Montréal, qui représente plus de 255 000 emplois, a connu une chute moyenne de ses ventes de 30 à 40% depuis le début de la pandémie. Pour le milieu de la restauration, qui compte 108 000 employés dans la région, cette diminution se chiffre à 34% depuis le début de l’année, par rapport à 2019.

En parallèle, alors que les ventes sur place ont diminué dans les derniers mois, celles en ligne ont carrément doublé. C’est ce que démontrent des données incluses dans un plan d’action pour renforcer le secteur du commerce du détail présenté vendredi par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), pendant un forum virtuel.

Afin d’aider les commerces de la métropole à tirer leur épingle du jeu, le rapport propose donc que ceux-ci aient accès à plus d’aide financière pour réaliser un virage numérique. Autrement, les géants du web, comme Amazon et eBay, continueront d’encaisser la majorité des dépenses effectuées en ligne par les Québécois.

«Combien de personnes ont acheté un produit en ligne venant de l’Ontario ou des États-Unis alors qu’il était disponible à trois coins de rue, mais qu’on ne pouvait pas le trouver en ligne?», a lancé vendredi le président de la CCMM, Michel Leblanc, pour illustrer les besoins en matière de numérisation de l’offre commerciale à Montréal.

Moderniser le Panier Bleu

Depuis son lancement, en avril, le site web du Panier Bleu a pris de l’ampleur. Il recense maintenant plus d’un million de produits vendus par des milliers de commerces québécois. Il s’agit toutefois en partie de biens confectionnés à l’extérieur de la province, notamment en Chine.

«Mais on croit qu’il vaut toujours mieux acheter un téléviseur étranger chez un commerçant québécois que d’acheter un téléviseur étranger chez un commerçant étranger», estime le directeur général du Panier Bleu, Alain Dumas.

Par ailleurs, le Panier Bleu n’est pas un site transactionnel. Il s’agit plutôt d’un inventaire qui redirige les consommateurs vers le site web des commerces répertoriés afin d’y faire leurs achats. Or, au Québec, seule une minorité d’entreprises et de commerces locaux offrent des services de vente en ligne.

Afin de faire face à ces enjeux, un chantier est en cours pour bonifier le Panier Bleu, qui pourrait devenir à terme le «Amazon du Québec», a affirmé vendredi le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon.

«Le Panier Bleu est appelé à évoluer avec le temps», a-t-il assuré. Des annonces devraient d’ailleurs avoir lieu en janvier concernant la bonification de ce site web. Le ministre n’écarte d’ailleurs pas d’en faire un site transactionnel où les Québécois pourront directement faire leurs achats dans divers commerces de la province.

La CCMM propose en outre que Québec et Ottawa subventionnent des services locaux de livraisons afin que les Québécois aient moins tendance à se tourner vers des géants du numérique pour obtenir un colis rapidement.

«Il faut avoir un service qui peut entrer en compétition avec Amazon», martèle M. Leblanc, en entrevue à Métro.

Gestion des chantiers

Présente à cette conférence, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a elle aussi fait la promotion active de l’achat local pour le temps des Fêtes. La tenue de nombreux travaux dans la métropole rend toutefois les achats de proximité plus complexes pour les automobilistes, constate le designer Philippe Dubuc, de la Maison Sarah Pacini, qui possède six boutiques à Montréal.

«En ce qui me concerne, c’est un très grand enjeu. S’il vous plaît, enlevez-nous donc les cônes orange pour qu’on puisse avoir accès à nos commerces», a-t-il lancé à l’intention de la Ville.

À la fin du mois d’octobre, l’administration de Valérie Plante a annoncé qu’elle reportera plusieurs chantiers municipaux l’an prochain, notamment afin de faciliter les déplacements des automobilistes.

«Les gens doivent revenir nous voir, donc pour moi, l’accessibilité des commerces est primordial […] Ce n’est pas vrai que tous nos clients viennent à vélo et en métro.» -Philippe Dubuc, designer

Encadrement des baux commerciaux

Toutes ces mesures visent à stimuler la demande pour l’achat local. Or, du côté du Conseil québécois du commerce de détail, on craint que l’offre ne soit pas an rendez-vous à Montréal. Son directeur général, Stéphane Drouin, a déploré vendredi le fait que des propriétaires de locaux commerciaux exigent souvent des baux de 10 ans et la remise d’une «caution» à leurs nouveaux locataires, ce qui a pour effet de décourager certains petits entrepreneurs à s’installer dans la métropole.

Il estime donc qu’un meilleur encadrement des baux commerciaux est nécessaire. Autrement, «si on ne met pas ça en place, ça va être un gros frein pour l’achat local parce que l’offre ne sera pas en place», a-t-il prévenu.

Au terme d’une consultation publique sur les locaux commerciaux vacants, la Commission sur le développement économique de la Ville de Montréal a d’ailleurs recommandé en mai dernier qu’une concertation ait lieu avec Québec pour mieux encadrer les baux commerciaux, par exemple en mettant en place un registre. Une telle mesure est nécessaire, selon la commission, pour éviter des «hausses abusives de loyers commerciaux» et soutenir «la vitalité et la mixité des quartiers».

La Ville n’a pas commenté ce dossier, vendredi. Un nouveau plan de relance économique de 60 M$ présenté jeudi par Mme Plante comprend toutefois un montant de 5 M$ visant à aider des commerçants à devenir propriétaires de leurs locaux. Une mesure qui pourrait aider certains d’entre eux à se mettre à l’abri de la spéculation immobilière.

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