Montréal
05:00 9 février 2021 | mise à jour le: 10 février 2021 à 16:08 temps de lecture: 5 minutes

L’OCPM approuve un projet immobilier au centre-ville, malgré les critiques

L’OCPM approuve un projet immobilier au centre-ville, malgré les critiques
Photo: Josie Desmarais/MétroLe projet immobilier implique la destruction de trois bâtiments, tandis que la maison George-Young, à droite, sera conservée.

L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) recommande à l’arrondissement de Ville-Marie d’approuver un projet immobilier dans un secteur patrimonial du centre-ville, malgré les nombreuses critiques des résidents du secteur.

L’OCPM publie ce mardi les conclusions d’une consultation menée l’an dernier au sujet de deux modifications réglementaires que souhaitent adopter l’arrondissement dirigé par Valérie Plante. L’une d’entre elles consiste à faire passer de 25 à 45 mètres la hauteur maximale permise sur un tronçon de la rue Sainte-Catherine Ouest situé dans le Village Shaughnessy, un site patrimonial où on retrouve plusieurs maisons de style victorien.

Cette modification réglementaire vise à permettre au promoteur immobilier Peter Sergakis, qui possède plusieurs bars et restaurants de même que des milliers de logements à Montréal, de concrétiser un projet immobilier à proximité de la station de métro Guy-Concordia. Celui-ci nécessiterait la destruction de trois bâtiments commerciaux pour ériger trois tours, dont la plus haute aurait 15 étages. En tout, 198 logements  locatifs pourraient y être érigés.

Des appuis

Plusieurs organisations ont approuvé ce projet pendant la consultation publique. Des groupes représentant le milieu des affaires ont notamment salué la possibilité que ce développement ait des répercussions économiques positives pour les commerces de la rue Sainte-Catherine Ouest, qui écopent durement de la pandémie.

Des organismes, comme le comité Jacques-Viger, ont également salué le fait que le promoteur compte conserver la façade de la maison George-Young, construite en 1870, et l’inclure dans son projet immobilier. Ce dernier prévoit aussi l’aménagement d’un toit et de terrasses vertes pour luter contre les îlots de chaleur.

Logements trop petits, trop chers

Ce développement immobilier ne fait toutefois pas que des heureux, bien au contraire. Plusieurs résidents et groupes communautaires ont notamment dénoncé l’absence de logements sociaux et le manque de logements abordables et familiaux dans les plans du promoteur, indique le rapport de l’OCPM, que Métro a obtenu sous embargo.

En fait, près de 89% des logements prévus dans ce projet seront des studios ou pourvus d’une seule chambre. Seulement 11% des logements compteront deux ou trois chambres, ce qui est «insuffisant» aux yeux de plusieurs.

Par ailleurs, aucun logement social n’est envisagé. Le promoteur a plutôt offert 725 000$ à la Ville afin qu’elle en implante ailleurs. Or, les besoins en la matière sont grands dans le quartier Peter McGill, où plus de 40% des résidents vivent sous le seuil de la pauvreté, indique le rapport.

Le CIUSSS du Centre-Ouest de l’Île de Montréal, qui a pris part à cette consultation, qualifie carrément la compensation financière proposée par M. Sergakis de «pied de nez supplémentaire aux demandes répétées du milieu d’avoir une construction, in situ, de logements sociaux».

«C’est sûr qu’une contribution de 725 000$ ne permet pas de construire des logements sociaux au centre-ville», constate elle aussi la présidente de l’OCPM, Dominique Ollivier, en entrevue lundi.

Des logements abordables?

Le promoteur prévoit également offrir 27 logements à un prix «abordable», légèrement sous le marché. Or, le loyer moyen dans ce secteur s’élève à plus de 1100$, selon la Table de quartier Peter-McGill. Des organismes et résidents appréhendent donc que ces 27 logements ne seront «pas accessibles à une large population dans le besoin».

D’autre part, des citoyens ont évoqué des craintes quant aux nuisances générées par ce chantier, produisant poussières et bruit. Ils craignent aussi que l’arrivée de nombreux résidents dans le quartier nuise à long terme à leur «intimité» et à la «tranquilité» du secteur, peut-on lire.

«Le besoin de mixité dans l’offre de logements a amené plusieurs intervenants à souhaiter que le projet immobilier inclut davantage d’appartements plus grands, de logements abordables, voire de logements sociaux.» -Extrait du rapport de l’OCPM

L’OCPM appuie le projet, avec des bémols

À la suite de cette consultation, l’OCPM a finalement décidé de recommander à la Ville et à l’arrondissement d’appuyer le projet. L’organisme propose toutefois que le promoteur fasse passer de 11 à 20% le nombre de logements de deux à trois chambres qu’il prévoit construire.

«L’offre de logements qui est proposée [par le promoteur] ne répond pas aux besoins du quartier», tranche ainsi Mme Ollivier.

L’OCPM recommande aussi que certains des appartements plus grands rentrent dans la catégorie des logements «abordables». Il propose à cette fin que l’arrondissement conclut une entente avec le promoteur en s’inspirant du règlement pour une métropole mixte, qui entrera en vigueur le 1er avril.

D’autre part, l’organisme propose d’inclure des bornes de recharge électrique dans le stationnement souterrain de 94 places envisagé sur ce site.

Ce rapport fera l’objet d’un dépôt pendant la prochaine séance du conseil municipal, le 22 février. L’arrondissement de Ville-Marie s’y penchera par la suite.

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