Montréal

Entrepreneure volontaire

Marie-Luce Pelletier-Legros, Métro

«Jamais je ne serai en affaires», s’était dit Aube Cormier-Beaugrand. Elle qui avait pourtant vu sa mère se lancer dans mille et un projets ne voyait pas d’un bon Å“il l’aspect lucratif et «requin» du monde des affaires. Mais comme il ne faut jamais dire jamais, la jeune anthropologue de 27 ans est propriétaire de La Loba, depuis juillet 2007, une boutique de solutions écologiques pour les femmes et les bébés, où les pratiques d’autrefois et d’ailleurs se côtoient.

À l’heure où chaque petit geste compte, La Loba propose aux parents une panoplie de couches pour bébés en tissu et des porte-bébés traditionnels tout droit venus d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie. Les femmes y trouveront des produits hygiéniques écologiques tels des tampons démaquillants lavables ou des serviettes hygiéniques réutilisables en tissu coloré, à cent lieues des «guenilles» de nos grands-mères et arrière-grands-mères.

Toutes des pratiques qui avaient quelque peu sombré dans l’oubli avec l’arrivée des produits jetables, mais qu’Aube Cormier-Beaugrand a découvert pendant sa formation en anthropologie et qu’elle a eu envie de partager avec les autres.

Désir de partager
«À la fin de mon bac, j’ai eu envie de faire de l’anthropologie appliquée, de partager mes découvertes, explique Aube Cormier-Beaugrand, qui revenait tout juste d’un séjour de trois mois au Bénin. Je voulais accomplir une action et, à cause de ma culture familiale entrepreneuriale, j’ai décidé de le faire par l’entremise d’un commerce.»

«La seule chose qui m’a permis d’évaluer même la possibilité d’entrer en affaires, c’est de le faire différemment, d’adopter de nouvelles pratiques corporatives et de ne pas tomber dans les mêmes pièges que le monde des affaires traditionnel», poursuit celle pour qui commerce rime beaucoup plus avec transmission d’information que profits.

Et c’est justement l’esprit de La Loba, «la louve» en espagnole, qui, dans plusieurs contes à travers le monde, est représentée comme une femme, «une ramasseuse», la conservatrice des traditions féminines. L’anthropologue-femme d’affaires voulait que sa boutique soit en quelque sorte un relais où les gens peuvent revenir pour quérir des conseils sur les techniques de pliage des couches en tissu ou sur les différentes méthodes de portage des bébés, par exemple.

«J’ai été cogner à plusieurs portes pour démarrer mon entreprise. Partout où j’allais, j’étais confrontée à des présidents d’institutions financières qui me disaient que je n’étais pas là pour faire du bénévolat. Il y a fallu que j’aille à contre-courant», se rappelle-t-elle.

Un mode de vie réaliste
Même si le concept même de La Loba peut paraître un peu «grano», Aube Cormier-Beaugrand voulait démontrer qu’un autre mode de vie que le «consommer-jeter» était réaliste.

À peine un an après son ouverture et beaucoup de bouche-à-oreille – «Je ne voulais pas utiliser les canaux traditionnels de publicité», dit-elle -, des gens de tous les milieux fréquentent la petite boutique de la Plaza Saint-Hubert.

«Il y a les parents aisés de la génération X qui voient les couches en tissu comme offrir le meilleur à leur enfant ou ceux de la génération Y pour qui c’est une question écologique et économique», dit Aube Cormier-Beaugrand. Et bien sûr, la majorité des produits proviennent du Québec ou du Canada, et certains sont même le fruit de l’imagination de mamans ou de travailleurs en garderie.

Alors que la jeune femme ne pensait jamais se lancer en affaires, La Loba  emploie déjà deux personnes et est viable économiquement.

«Je n’ai jamais eu peur de me casser les reins, je ne voulais pas me créer un gagne-pain, je voulais partager avec les gens», dit-elle simplement.     

www.laloba.ca

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