«On est ce que l'on mange»
Une atmosphère tout ce qu’il y a de plus zen règne lorsqu’on entre chez Prana, qui signifie «énergie vitale» en sanskrit. La musique des Beatles joue doucement en arrière-plan pendant que le plancher de bois craque sous les pas des trois ou quatre employés qui manipulent calmement de grosses plaques de métal remplies d’amandes au tamari…
Si l’ambiance est aussi détendue, c’est peut-être parce que Marie-Josée Richer, la fondatrice de la petite entreprise de transformation de noix biologiques, est une passionnée de yoga. «Tous les matins, on commence la journée par une session de yoga», dit-elle. Pas étonnant que ses employés aient l’air aussi calmes!
Les voyages forment la jeunesse
Marie-Josée Richer a découvert le yoga et le végétalisme – elle ne consomme aucun produit animal, dont font partie notamment les Å“ufs et le miel – en Inde, lorsqu’à 19 ans elle est partie, sac au dos, parcourir le monde.
«J’ai passé cinq ans en Asie. Je me suis rendu compte que je me sentais bien en ne mangeant ni viande ni produits animaux, explique-t-elle. J’avais même ouvert un restaurant végétalien à Goa, au sud de Bombai, avec une autre Québécoise rencontrée durant mon voyage.»
C’est aussi en Inde qu’elle fait la connaissance de celui qui deviendra son copain, Alon Farber, un Israélien. «Étant donné qu’il ne trouvait pas vraiment sa place au restaurant entre mon amie et moi, qui sommes deux filles fortes, qu’il voulait, comme moi, faire de l’argent avec quelque chose qui nous tenait à cÅ“ur et que j’avais envie que ça ait un rapport avec la bouffe, nous nous sommes lancés dans les noix», raconte la jeune femme, qui avoue être une grignoteuse.
«Quand je suis revenue au Québec en 2005, j’ai constaté que rien ne répondait à mes besoins de grignoteuse. En regardant les emballages des produits, je voyais qu’ils étaient remplis d’agents de conservation. Je voulais manger quelque chose de naturel qui goûte bon! Je me suis dit que je n’étais sûrement pas la seule et qu’il y avait là un créneau à exploiter», poursuit-elle.
Une noix à la fois
En combinant leurs talents de cuisiniers, Marie-Josée et Alon développent très rapidement leurs premières recettes de noix biologiques sans huile, qu’ils sucrent au sirop d’érable biologique ou qu’ils salent au sel de mer non raffiné ou au tamari sans gluten. Leurs fruits séchés sont sucrés avec des jus de fruits pour respecter le principe végétalien.
«Au début, on en a perdu, des noix. J’en ai tellement mangé! Il fallait trouver les bonnes recettes à partir des bons ingrédients», se rappelle celle qui dit ne faire aucun compromis sur la qualité de ses produits biologiques, qui proviennent notamment du Mexique, de la Californie et un peu du Québec. «Si je considère que moi, je n’en mangerais pas, je n’en vends pas!»
Ils créent aussi des mélanges de noix et des collations végétaliennes pour compléter leur gamme de produits maintenant disponibles dans plus de 600 points de vente au Québec et en Ontario. «On devrait bientôt avoir quelques points de vente à Vancouver. On a aussi plein de demandes pour exporter nos produits en France», souligne-t-elle.
«Comme le bébé commence à marcher tout seul», Marie-Josée Richer a 56 000 autres projets en tête. Par exemple, elle veut écrire un livre de recettes et rencontrer les jeunes dans les écoles pour leur expliquer comment pousse une noix du Brésil et comment cela préserve la forêt amazonienne…
Mais pour elle et son copain, Prana est d’abord le moyen de réaliser un rêve : celui de posséder une ferme. «Une ferme qui aurait une vocation éducative, pour que les gens puissent constater que non, les Å“ufs, ça ne vient pas de l’épicerie! J’aimerais aussi y construire une usine LEED?et donner des cours de cuisine végétalienne. Je ne peux pas croire que ça n’arrivera pas!» lance-t-elle d’une traite, comme si toutes les idées qu’elle avait dans la tête se bousculaient pour en sortir.