À la découverte d'une société distincte
On raconte qu’au début des années 1900, le Quartier chinois de Montréal avait son propre système judiciaire parallèle : une cour martiale kung-fu, où les litiges entre citoyens finissaient par se régler dans la ruelle.
Voilà l’une des légendes qui parsèment les visites du quartier qu’organise le Centre d’histoire de Montréal, le samedi, jusqu’au 17 octobre. «Les dossiers qui n’étaient pas pris en compte par la police municipale l’étaient par une police parallèle», raconte David Bureau, notre guide, qui précise toutefois que ce fait n’est pas officiellement documenté.
«On a obtenu ça dans le cadre de la quarantaine d’entrevues réalisées avec des gens de la communauté pour la série EnQuêtes d’histoires», ajoute Jean-François Leclerc, directeur du Centre d’histoire de Montréal.
Le péril jaune
L’immigration chinoise à Montréal date de la fin du 19e siècle. Il s’agit alors principalement d’habitants de la province du Guangdong qui ne peuvent se payer des terres chez eux, mais aussi de Chinois qui se sentent trop à l’étroit en Colombie-Britannique après la fin du chantier du chemin de fer transcanadien.
Si le phénomène reste marginal, à Montréal comme ailleurs, les immigrants chinois ne sont généralement pas les bienvenus. «Les quotidiens La Presse et The Gazette titraient à l’époque sur « le péril jaune » et l’on faisait payer aux Chinois une taxe d’immigration supplémentaire», explique notre guide.
Ne parlant souvent ni anglais ni français, ils ont tendance à se regrouper dans ce que l’on appelait alors le Faubourg Saint-Laurent, à proximité des quartiers italien et juif. «En 1880, Montréal ne s’étendait que peu au-dessus de la rue Sherbrooke, rappelle M. Leclerc. Le Plateau n’était qu’une vaste étendue de champs parsemée de fermes et de carrières.»
Associations familiales
Sur les 1 000 Chinois qui habitaient Montréal en 1900, on comptait essentiellement des hommes. Craignant une invasion massive, les autorités de l’époque fixaient en effet à 100 $ par t��te le prix pour faire venir au Canada femme et enfants. En comparaison, le loyer moyen pour une boutique sur la rue De la Gauchetière était de 50 $ par an.
Les principales structures d’accueil des immigrants, à l’époque, ce sont les Associations familiales, dont quelques-unes restent bien vivantes aujourd’hui. «Par exemple, si votre nom de famille était Lee et que vous arriviez à Montréal, le premier réflexe, c’était d’aller frapper à la porte de l’Association familiale Lee, qui allait vous aider à trouver une maison de chambre et aussi vous servir de banque», explique David Bureau.
Et maintenant?
Que reste-t-il de tout cela? Aujourd’hui, dans le Quartier chinois, en plus des quatre grandes arches, il subsiste plusieurs bâtiments d’époque. Mais, le premier resto chinois, Hung Fung, a disparu, de même que les buanderies et l’énorme four extérieur dans lequel on cuisait les viandes pour les distribuer ensuite aux restaurants.
«Si les Chinois se sont éparpillés, le Quartier chinois demeure une référence culturelle et historique pour la communauté», conclut Jean-François Leclerc.
Visites – Durée : 1 h 30
le samedi à 13 h.
www.ville.montreal.qc.ca/ch