Soutenez

Changer le monde, une note à la fois

«J’ai tant dansé, j’ai tant sauté, dansons ma bergère, au gué. J’en ai décousu mon soulier, à l’ombre! Dansons ma bergère joliment, que le plancher en rompe», chantonne gaiement la petite troupe du cours d’éveil musical donné à l’École de Jeunes musiciens du monde (JMM) de Montréal. La froideur des murs de la salle de classe détonne avec l’ambiance chaleureuse qui y règne et l’enthousiasme contagieux des enfants suscité, par la musique traditionnelle québécoise.

C’est cette musique du terroir qui est enseignée à l’école JMM du quartier Hochelaga-Maisonneuve. «On n’est pas obligé d’être un connaisseur pour vivre la musique traditionnelle. C’est une musique aux mélodies accessibles. C’est une musique créative, rassembleuse, qui dégage une énergie positive», s’enthousiasme Véronique Plasse, professeure de chant et de violon pour JMM.

La complicité entre les élèves et leurs professeurs est palpable. On le constate lorsque les jeunes arrivent dans les locaux de JMM : on se tape dans la main, on se fait des accolades, on se taquine, on rigole. Tout ce beau monde est heureux d’être là. «Il y a souvent des jeunes qui viennent au local même s’ils n’ont pas de cours. Plusieurs arrivent longtemps d’avance pour pouvoir jaser. On est comme une famille ici», explique Véronique. Environ 80 jeunes du quartier fréquentent l’école (il y a même une liste d’attente), certains depuis plusieurs années.

C’est le cas de Marie-Soleil, 11 ans, qui a même participé au projet pilote il y a cinq ans. «Je suis ici depuis le début. J’aime beaucoup la dynami­que des cours», raconte la jeune fille souriante qui joue, entre autres, du violon et qui écoute… la Bolduc! Pour les artisans de JMM, la musique n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. «La musique est un outil parfait pour apprendre le respect et l’écoute. J’ai vu des changements [de comportements] très positifs chez des jeunes qui viennent ici depuis un certain temps», confie Véronique Plasse.

JMM travaille aussi de concert avec certaines écoles du quartier pour aider les élèves dans leur développement. Selon Blaise Fortier, l’un des quatre cofondateurs de JMM, les bienfaits de la musique sont inestimables. «Ça développe la mémoire, la concentration, l’écoute, la coordination et même l’intérêt pour l’école, affirme-t-il. Les activités qu’on fait ici, c’est une récompense pour les jeunes. On ne s’attend pas à former des gens qui feront carrière en musique. Si ça arrive tant mieux, mais ici, on est un milieu de vie plus qu’une école.»

Musique porteuse d’histoire
La musique traditionnelle  est associée à l’histoire, estime Mme Plasse. «Je crois fortement que la musique traditionnelle [aide certains jeunes]. La délinquance dans la société d’aujourd’hui est, entre autres, liée au manque d’attachement et d’enracinement à la culture, au passé, à ce qu’on est. Avec cette musique, on visite ce côté-là de notre culture pour savoir d’où on vient, ce qu’on est, pour pouvoir s’inventer.»

Dans son cours de chant cette année, elle propose aux élèves deux chansons qui traitent de la guerre pour leur permettre d’en connaître davantage sur notre histoire et sur cette facette des sociétés. «Je décortique les paroles avec eux et je leur explique l’histoire de la chanson, dit-elle. C’est plaisant, car ils sont super intéressés!»

C’est en Inde que tout a commencé
C’est autour d’un bon repas en Inde que l’idée de fonder une école de Jeunes musi­ciens du monde a germé. Mathieu Fortier, sa femme Agathe, son frère Blaise et le réputé sitariste indien Ustad Hameed Khan discutaient de la disparition de la musique classique indienne dans le pays. «Cette musique est en train de disparaître au profit des musiques pop occidentales ou de la musique de film bollywoodienne», explique Blaise Fortier. Après plusieurs discussions de ce genre, les quatre amoureux de l’Inde et de sa musique décident de faire quelque chose pour protéger ce patrimoine.

À ce moment-là, ouvrir des éco-les au Québec n’était pas dans leurs plans. Pourtant devant la popularité grandissante du projet, d’autres écoles ont ouvert leurs portes au fil du temps à Québec, à Montréal et en Abitibi-Témiscamingue, dans la communauté algonquine de Kitcisakik. 

JMM dans le temps
2002 : Fondation de la Kalkeri Sangeet Vidyalaya, qui est située dans une vallée près de
la ville de Dharwad dans l’état du Karnataka, en Inde.

2003 : Création d’une 2e école de JMM à l’automne dans les locaux du Patro-Laval, un
établissement situé dans le quartier St-Sauveur, en basse-ville de Québec.

2005 :
C’est au 1691, bouelvard Pie IX dans l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve
de Montréal qu’est créée une 3e école JMM.

2008 : L’École de Kitcisakik a ouvert ses portes dans la communauté algonquine
d’Abitibi-Témiscamingue. On y enseigne une musique portée vers leur propre tradition
ancestrale autochtone.

2011 : L’ouverture d’une 5e école est prévue à Sherbrooke.

Un spectacle à venir
JMM survit grâce aux dons de la population. L’organisme prépare un spectacle qui sera animé par Monique Giroux, mettra en vedette les élèves des écoles JMM de Montréal et de Kitcisakik ainsi que des artistes tels que Papagroove, Pascale Picard Band, The Lost Fingers, Stefie Shock, Loco Locass, Samian, Yves Lambert, Antoine Gratton et bien d’autres.
Vendredi 19 novembre au Club Soda à 20 h

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.