Tassé dans le coin
Comme plusieurs, vous avez été touché par le récent suicide du chauffeur d’autobus de Longueuil. Le pauvre gars s’était tellement fait écÅ“urer à sa job qu’il s’est organisé pour enfin avoir la paix. Une paix qui lui était désormais interdite. Parce que d’autres avaient décidé de la lui enlever.
Des ostracisés, ou si vous préférez des «rejects», on en a tous croisé au moins un dans notre vie. Vous l’avez peut-être vous-même été à un moment donné. À l’école ou dans la ruelle, au bureau ou à la shop. Encore aujourd’hui, vous vous demandez comment, et surtout pourquoi, c’est arrivé.
C’était peut-être à cause de votre vilaine dentition. Ou encore de votre bégaiement, allez donc savoir. Sinon, c’était sans doute ce maudit embonpoint qui rendait la cible ambulante que vous étiez si facile à atteindre. Sur le coup, un peu dépassé, vous avez choisi de ne pas réagir. Vous avez cru – à tort, vous le savez maintenant – que toute réplique allait empirer votre cas. Sauf qu’en vous voyant agir ainsi, le reste de la meute en a conclu que vous étiez devenu un véritable «bar-open» dans lequel on pouvait allègrement étancher sa soif de bêtise.
Tout naturellement, vos tortionnaires sont passés d’un à deux. Et ensuite à quatre. En un rien de temps, ils étaient rendus seize. La méchanceté fonctionne sur une base exponentielle. Au party de Noël, le seul moment d’hilarité de la soirée a été provoqué par une blague… faite à vos dépens. Après, il y a eu un silence. Le vôtre, bien entendu. Au moment où vous auriez eu besoin d’une parcelle de leur appui, ceux qui vous étaient jusque-là encore sympathiques avaient choisi de se taire. Pire encore, ils semblaient maintenant porter les couleurs de l’équipe des autres.
Chez vous, la nuit, vous avez été habité par des idées sombres qui sont devenues de plus en plus tenaces. Le matin, sur le chemin de votre torture quotidienne, vous avez même espéré vous faire heurter par une bagnole. Juste un peu. Pas pour mourir. Juste assez pour avoir une bonne raison de prendre une couple de journées «off» à l’hôpital. Et, qui sait, peut-être pour attirer un peu de sympathie?
Comment vous blâmer? En souhaitant cette blessure, vous auriez simplement choisi celle qui vous aurait fait le moins mal…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.