Parler pour parler
Connaissez-vous le «Speaker’s Corner»? Il est situé dans Hyde Park, en plein cÅ“ur de Londres. Le dimanche, ceux et celles qui ont quelque chose à raconter s’y rassemblent et montent sur des petits podiums improvisés – une caisse de lait la plupart du temps – pour y livrer leur boniment en toute liberté.
Plusieurs sont là pour faire l’étalage de leurs convictions politiques. Quelques mètres à côté, d’autres en profitent pour propager la parole de leur Dieu. Sous les arbres, tout droit sortis d’un autre temps, des petits freluquets blêmes vêtus de chemises à jabot déclament de la poésie.
Certains attirent l’attention. Les moins flamboyants passent totalement inaperçus. Néanmoins, tous donnent l’impression qu’ils sont le centre de l’univers – le leur – et que rien au monde n’est plus important que le message qu’ils ont à livrer. Au mieux, leur ego s’en trouve rassasié. Dans le pire des cas, ça fait au moins sortir le méchant d’en dedans.
En toute complicité, personne n’est dupe du protocole établi dans le Speaker’s Corner. Les orateurs savent bien qu’ils ne convaincront jamais qui que ce soit de changer d’idée. Et ceux qui vont fouiner dans le coin s’amusent plus qu’ils ne prennent les tribuns vraiment au sérieux. La convention théâtrale ne peut être plus nette. Il y a ceux qui jouent et ceux qui les regardent jouer. Chacun y trouve son compte. À la fin de la journée, tout ce beau monde rentre à la maison de belle humeur.
La semaine dernière, le juge Bastarache a remis les conclusions de sa commission dans un document ça d’épais. Tel que prévu, tout le monde ayant tenu son rôle à la perfection, le rapport «tant attendu» (sic) ne renfermait aucune surprise. Coût de l’opération : 6 M$.
Dimanche prochain, des orateurs prendront à nouveau la parole au Speaker’s Corner. Coût de l’opération : une caisse de lait en plastique virée à l’envers. Et une bonne dose d’humour, c’est entendu. Morale de l’histoire : là-bas, l’exercice de l’art oratoire sans conséquence n’a pas de prix. Ici, c’est un peu plus cher.
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C’est vendredi que sort le film Funkytown, avec Patrick Huard (plutôt bon) et Paul Doucet (encore meilleur) dans les rôles principaux. Ça aurait pu être réussi si on avait choisi de s’en tenir à une bonne histoire plutôt que de s’éparpiller sur sept pistes en même temps. Dommage, on vient peut-être de brûler là une ou deux idées qui méritaient franchement mieux.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.