Thomas Mulcair veut chasser Harper
Bien installé dans son local électoral de l’avenue Van Horne, dans Outremont, le député néo-démocrate Thomas Mulcair laisse poindre une confiance tranquille. La campagne électorale venait à peine de débuter lorsque Métro a rencontré l’ancien ministre québécois de l’Environnement, mais déjà, il semblait bien en selle.
Élu dans Outremont en septembre 2007, à la faveur d’une élection partielle qui a fait perdre au Parti libéral l’un de ses châteaux forts, Thomas Mulcair a gagné son pari de remporter l’élection générale suivante, tenue en novembre 2008. Il a alors défait le libéral Sébastien Dhavernas par quelque 2 000 voix.
Cette fois, le Parti libéral a choisi un ancien ministre de la Justice, Martin Cauchon, pour affronter le candidat vedette du NPD. «J’ai battu leurs deux dernières vedettes libérales [Jocelyn Coulon et Sébastien Dhavernas] et j’ai l’intention de battre Martin Cauchon aussi, a lancé M. Mulcair. Au cours des trois dernières années, j’ai multiplié les contacts dans la communauté. J’ai été très présent. La dernière fois que Martin Cauchon s’est présenté aux élections, c’était il y a 11 ans.»
Un sondage publié dans La Presse le 9 avril donnait à Thomas Mulcair une confortable avance sur son plus proche rival, le candidat libéral. Mulcair récoltait 47 % des appuis (après répartition des indécis), contre 27 % pour Cauchon. Confiant d’avoir fait sa marque dans Outremont au cours des trois dernières années, Thomas Mulcair n’entend pas mener sa campagne en s’opposant à son principal adversaire politique. Le défi, selon lui, est tout autre. «Lors des dernières élections, 41 % des Canadiens sont restés à la maison, a-t-il rappelé. Ma principale préoccupation sera de les convaincre d’aller voter. Après, je tenterai de convaincre les gens de voter pour moi.»
Encourager les électeurs à aller voter le 2 mai pourrait d’ailleurs constituer la planche de salut des partis de l’opposition, selon M. Mulcair. «Les partis de droite maîtrisent l’art d’attaquer la classe politique au sens large, a expliqué le néo-démocrate. Plus ils attaquent la classe politique, plus ils découragent les gens qui souhaitent du changement d’aller voter puisqu’ils finissent par leur faire croire que ça ne sert à rien. Et si les gens ne votent pas, la droite gagne puisque les forces de la droite, elles, votent.»
Le début de campagne de Stephen Harper et du Parti conservateur aura cependant eu l’heur de plaire à Thomas Mulcair, qui s’est réjoui des difficultés éprouvées par le gouvernement sortant.
Au cours des cinq premiers jours de la campagne, les conservateurs ont dû couper les ponts avec deux bénévoles au passé trouble et expliquer l’alliance que Stephen Harper était prêt à former avec le NPD et le Bloc québécois en 2004. Ces soubresauts contrastaient avec la campagne serrée et sans surprise menée par les troupes de M. Harper en 2008. «Pour la première fois, on voit les conservateurs sur la défensive, a noté Thomas Mulcair. Les attaques directes de Jack Layton et de Gilles Duceppe au sujet de l’alliance proposée en 2004 ont eu pour effet de miner la crédibilité de Stephen Harper. Même quand les conservateurs ont une annonce à faire, ils sont sur la défensive. Ça ne marche plus, leur affaire. Ils ont perdu leurs points de repère.»
M. Mulcair n’hésite d’ailleurs pas à dire que les conservateurs «sont finis» au Québec. Selon lui, non seulement la troupe de Stephen Harper a-t-elle abandonné la Belle Province, mais, en plus, les Québécois sont maintenant mûrs pour du changement. «Au début de la campagne, il faisait froid, c’était encore pratiquement l’hiver, mais le 2 mai, le beau temps sera arrivé. Les gens vont être influencés par le changement de saison et ils vont se rendre compte que c’est possible d’aller vers quelque chose de mieux, a avancé M. Mulcair. En ce moment, les gens sont déprimés, c’est comme s’ils sortaient d’un hiver de cinq ans et demi avec Stephen Harper. Mais avec l’arrivée du printemps, l’espoir renaîtra.»
Et si l’espoir ne suffit pas, le NPD ne ferme pas la porte à une coalition qui pourrait permettre de chasser M. Harper du pouvoir. «Notre thème pour cette campagne, c’est travaillons ensemble, a souligné M. Mulcair. Le NPD n’a pas peur du mot coalition. Nous sommes d’avis que les partis qui sont opposés aux conservateurs doivent travailler ensemble. Les trois derniers gouvernements élus étaient minoritaires. Il faut que les choses changent, que nous nous adaptions. Nous ne pouvons pas changer de gouvernement tous les deux ans éternellement. Tout le monde devra apprendre à mettre de l’eau dans son vin.»
Thomas Mulcair s’est d’ailleurs dit déçu de la prise de position des libéraux qui, dès le début de la campagne, ont rejeté l’idée de former une coalition avec le NPD.
- En rafale
Qu’est-ce que vous détestez en campagne électorale?
C’est ma sixième campagne, et j’aime ça. Je voudrais pouvoir vous dire qu’il y a quelque chose que je n’aime pas, mais en fait, je trouve les campagnes très stimulantes.
Un candidat d’un autre parti que vous admirez?
Pierre Paquette, du Bloc.
Un repas typique d’une campagne électorale?
Une assiette de shish taouk, avalée en cinq minutes.
Une chose dont Montréal a besoin?
Il faut poursuivre le programme d’infra-structure et voir à reconstruire le pont Champlain. Montréal ne peut pas se permettre de perdre ce pont, ça serait catastrophique.
Si vous ne faisiez pas de politique, que feriez-vous?
Je travaillerais dans les médias, peut-être comme journaliste.
La première chose qui vous vient en tête lorsque vous entendez :
Stephen Harper? Froideur
Montréal? Ouverture
Coalition? Génial
Sénat? Désuet
Gouverneur général? Vestige