Un détour par Québec
C’est directement du superbe bar du Château Frontenac, à Québec-by-the-River, que j’écris cette chronique.
Depuis 30 ans, c’est devenu pour moi une obligation de faire ce détour dans le temps. La première fois que j’y suis venu, j’avais 19 ans, un gros cigare dans le bec et la ferme intention de trancher avec le reste de la place avec ce que je supposais être une sale dégaine de rocker. Maintenant, je passe plutôt inaperçu. Un ange passe et repasse…
Malgré tous ses efforts pour devenir une grande ville, Québec demeure un coin où tout se sait, où tout le monde voit tout. Comme l’ex-Hells Angel et ex-trompettiste de l’Orchestre symphonique de Québec, Claude Berger, désormais recyclé en musicien de rue, qui passe maintenant ses soirées à vendre son âme aux touristes émus plutôt qu’au diable. Je l’ai vu jouant du Morricone en face de la terrasse Dufferin. Un peu plus loin, il y avait une chanteuse qui sonnait faux, mais qui s’exécutait quand même avec grâce dans une robe arc-en-ciel qu’elle avait, c’est clair, probablement héritée de la défunte mairesse Boucher. Plus tard, dans la Basse-Ville, dans une de ces galeries d’art qui ouvrent tard le samedi soir, on a croisé le maire Labeaume, accompagné de quelques sangsues hilares, qui triomphait au milieu des grignoteurs de fromage et autres buveurs de rouge dans des gobelets de plastique…
Québec est sans contredit une belle ville. Qui me fait de plus en plus penser à Boston d’ailleurs. Une ville qui a été capable de moderniser sa personnalité – sans l’aide de Clotaire Rapaille, on le souligne – sans jamais renier son passé.
On lui souhaite seulement d’avoir la capacité de supporter ses ambitions pendant encore un petit bout de temps. Dans cette ville qui compte autant de logos des Nordiques dessinés un peu partout que Montréal compte de cônes oranges, ce qui n’est pas peu dire, on se demande ce qui arriverait si le jour du grand jour tardait trop à arriver. Suffit d’une aiguille pour péter un ballon…
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Ouf, les gars des nouvelles à TVA ont l’air d’avoir mal pris la visite de Jacques Duchesneau à Tout le monde en parle. D’accord, tout le monde avait le droit se questionner sur le choix de l’ex-chef de la police de Montréal pour sa première sortie publique. Mais quand j’ai vu un journaliste courir après la voiture de M. Duchesneau en criant : «Pourquoi avez-vous choisi d’aller répondre aux questions du fou du roi?», j’ai eu peur. Pour son intégrité physique… Bien entendu.
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Si Jean-Marc Vallée avait refait C.R.A.Z.Y., on l’aurait traité de paresseux qui surfe sur une formule gagnante. Maintenant qu’il offre autre chose avec Café de Flore, certains se demandent si le réalisateur n’a pas déjà perdu la touche. Moi, je réponds, au contraire, que le gars des vues est en grande forme. Allez voir Café de Flore. Un film qui va vous habiter pendant quelques jours, garanti.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.