Montréal

Les Montréalais partagés sur l’ouverture des bars jusqu’à 6h

Les Montréalais partagés sur l’ouverture des bars jusqu’à 6h
Photo: Josie Desmarais/Métro

C’est mercredi que la Régie des alcools, des courses et des jeux rendra sa décision à savoir si elle permet, dès jeudi, à 19 bars des rues Crescent et Saint-Denis de repousser leur fermeture à 6h du matin pour les quatre prochaines semaines. En se rendant sur les deux artères visées par le projet pilote, Métro a constaté que les sentiments des Montréalais sont partagés entre l’enthousiasme et la crainte.

«J’ai 18 ans et je me vois mal tenir debout jusqu’à 6h du matin! Je me demande bien qui va faire la fête aussi tard, des gens sur la drogue probablement…», lance William Biro, assis sur une terrasse de la rue Saint-Denis, dans le Quartier latin. Les trois jeunes qui l’accompagnent sont ambivalents: «C’est quand même cool, c’est un bon attrait touristique», «les gens n’attendront pas l’ouverture du métro, ils vont conduire encore plus intoxiqués», «ça va augmenter les batailles de soûlons»…

La majorité des jeunes dans la vingtaine interrogés par Métro se sont montrés sceptiques quant aux bienfaits qu’apporterait la prolongation des heures de bar suggérée par le maire Denis Coderre au mois de mars. Rappelons que ce dernier souhaite la tenue d’un projet pilote dans un nombre restreint d’établissements, les jeudi, vendredi et samedi soir, afin d’évaluer si la mesure peut participer au «branding» de la métropole. Bien que la Ville se soit engagée à faire un suivi serré du projet pilote, elle n’a pas précisé les critères qui détermineront le succès ou l’échec de l’expérience.

Cette situation n’a rien pour rassurer l’ancien barman André H., croisé au bar Loup Garou, un des établissements qui participent au projet pilote sur Saint-Denis. «Déjà, à 3h du matin, les employés des bars composent avec des gens en état d’ébriété avancée, ça va être difficile de trouver du personnel motivé à gérer une telle clientèle», fait-il valoir.

Dans la ruelle qui sépare les rues Saint-Denis et Sanguinet, les habitants craignent le bruit. «On vit au centre-ville, on sait que ce n’est pas un coin calme, mais un tel projet peut empirer les choses», soutient Annie Côté, qui estime toutefois qu’il faut tester l’expérience. Son voisin, Duncan Swain, admet être régulièrement réveillé par les groupes quittant les bars à 3 h du matin. «Avec des heures prolongées, la sortie des bars pourrait être plus graduelle», espère-t-il.

Sur la rue Crescent, l’engouement envers le projet pilote du maire Coderre est plus palpable. Tant les touristes que les Montréalais affichent beaucoup d’enthousiasme à l’idée de fêter toute la nuit. «Les jeunes de l’ouest de la ville vont enfin arrêter de conduire soûls!» s’exclame Jordan Barclay. «La fermeture à 3h du matin, c’est trop drastique. En Europe, la plupart des pays laissent les bars ouverts plus tard, c’est plus agréable pour les fêtards», note Rodolphe Sanial, originaire de France. «C’est génial pour l’image internationale de Montréal, mais je crains que ça n’augmente la consommation de drogue», confie pour sa part Sofiane Kaci.

L’arrondissement de Ville-Marie, où se déroulera le projet pilote s’il va de l’avant, dépensera 10 000$ de frais non prévus dans son budget pour louer des sonomètres, qui seront installés dans les secteurs concernés afin d’évaluer l’impact sonore de la mesure.

POUR

«Personne ne sait réellement quel sera le comportement des clients. C’est pourquoi il est important de tenir un projet pilote, afin d’avoir des données qui puissent nous éclairer.» – Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’Alcool, qui espère que la Régie des alcools fixera des critères clairs pour juger de la réussite ou de l’échec de l’expérience

CONTRE

«Nous sommes dans une période économique difficile, les clients ne vont pas dépenser plus, ils vont juste sortir plus tard. On ne voit pas quels sont les bénéfices pour les propriétaires de bars.» – Alexandre White, président de l’Association québécoise de la vie nocturne, qui représente la majorité des grands tenanciers de bars et de boîtes de nuit de Montréal, dont le Rouge, Buonanotte et Rachel Rachel

Dans le monde
Échecs et réussites d’autres villes:

  • Vancouver, Canada. En 2002, la ville a permis la fermeture des bars à 4 h (elle était auparavant fixée à 2h du matin). L’expérience a été un échec, notamment parce que la violence à la sortie des bars n’a pas diminué.
  • Londres, Angleterre. Depuis 2003, les bars ont le droit de rester ouverts 24 heures sur 24. Après un an, la police a constaté une baisse de 5% des crimes violents. Il a toutefois fallu augmenter de façon permanente les effectifs policiers.
  • Auckland, Nouvelle-Zélande. Dans les années 1990, la ville a prolongé les heures d’ouverture et a noté une hausse des cas d’intoxications, de pollution sonore et de conduite en état d’ébiété.

Source: Document produit par la ville de Seattle en 2011