Cri d’alarme contre une justice inaccessible
Le journaliste Pierre Craig lance un cri d’alarme pour dénoncer ce qu’il appelle «un désert d’accès à la justice», une situation qui crée un système à deux vitesses, selon lui.
Celui qui a tenu pendant 13 ans la barre de l’émission judiciaire La Facture, à Radio-Canada, a tenu ces propos dimanche en annonçant qu’il devenait porte-parole pour la clinique d’aide juridique Juripop, qui entame aujourd’hui sa campagne annuelle de sociofinancement. Son objectif, cette année, est d’amasser 30 000 $.
M. Craig a fait savoir que son passage à l’émission lui avait permis de constater que le système de justice «ne fonctionne plus». Quand il animait La Facture, quelque 12 000 personnes contactaient l’émission chaque année en dernier recours devant un système auquel elles ne pouvaient pas faire face, a-t-il fait savoir.
«Quand tu animes une émission comme La Facture, ça ne prend pas de temps avant que tu deviennes un homme en colère, a-t-il témoigné. Pour les gens de la classe moyenne, on n’a pas d’accès à la justice.»
M. Craig a rapporté que, selon le magazine Canadian Lawyer, un procès de 2 jours au civil coûte en moyenne 21 000 $ en frais juridiques. Pour un procès d’une semaine, on peut facilement avoir à débourser jusqu’à quatre années et demie de salaire, illustre-t-il.
«Les citoyens qui ont payé le palais de justice n’y vont pas parce qu’ils n’en ont pas les moyens», a-t-il laissé tomber. Selon lui, dans 75 % des causes à la Cour supérieure de Montréal, un des demandeurs est une personne morale et non un citoyen. Au civil, 55 % de ceux-ci se représentent eux-mêmes, faute de pouvoir se permettre un avocat.
«Avec les années, les besoins sont plus grands. Les gens qu’on aide sont des travailleurs qui ont des revenus, mais qui ne sont pas en mesure de payer les services d’un avocat en pratique privée.» –Me Marc-Antoine Cloutier, président de Juripop
D’après le président de Juripop, Me Marc-Antoine Cloutier, la difficulté d’accès à la justice s’explique entre autres par le processus judiciaire complexe, long et coûteux, mais aussi par le monopole de la pratique, qui veut que seulement un avocat ait le droit de représenter quelqu’un devant une cour, écartant les notaires et les étudiants en droit, notamment.