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Perdre ses élections: d’anciens candidats se confient

Photo: Archives Métro

14 avril 2003. Soirée électorale au Québec. Le couperet tombe. Marie Grégoire subit la défaite dans Berthier, la circonscription où elle a grandi. Comme elle est une candidate-vedette pour l’Action démocratique du Québec, plusieurs journalistes sont présents à son quartier général. «J’ai fait mon point de presse et je suis rentrée chez moi, se souvient-elle. Le lendemain, j’étais incapable de parler. J’avais beaucoup de peine», dit-elle aujourd’hui avec un petit rire nerveux.

Moins d’un an auparavant, elle avait pourtant remporté une partielle dans la même circonscription avec un score impressionnant de 51 %. «Tout le monde était convaincu que je résisterais à la défaite, indique-t-elle. Je pense que ça fait encore plus mal, même si je n’ai jamais tenu la victoire pour acquise.»

En fait, pendant la campagne électorale de 2003, Mme Grégoire sentait que la victoire lui glissait entre les mains. «En 2002, tout le monde courait après moi pour me parler, raconte-t-elle. En 2003, les gens baissaient la tête et ne me regardaient pas.» Dans de telles circonstances, impossible malgré tout d’admettre la défaite. La candidate a partagé ses craintes avec son entourage, mais jamais son défaitisme. «Je disais qu’il fallait travailler plus fort.»

Presque 10 ans plus tard, Marie Grégoire avoue que cette défaite lui fait encore mal. Une blessure qui la garde loin de la politique active. «Le désir de replonger, on l’a toujours, mais quand je suis trop tentée, je retourne à cette soirée qui m’a fait mal. Pour le moment, j’ai toujours résisté.»

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1988. Un jeune Martin Cauchon se présente dans Charlevoix pour le Parti libéral du Canada. La défaite est cuisante. C’est que l’adversaire était de taille : un certain Brian Mulroney. «J’étais le seul à pouvoir imaginer une victoire possible, c’est le propre d’un candidat», explique M. Cauchon. Cinq ans plus tard, l’avocat est élu dans Outremont. Il le sera également en 1997 et en 2000, avant de quitter la vie politique en 2004.

En 2011, Martin Cauchon tente un retour. Dans Outremont, où le néo-démocrate Thomas Mulcair est bien en selle, le libéral termine
deuxième, à plus de 12 000 voixdu NPD. «Ce fut une élection très difficile, se souvient M. Cauchon. Je me présentais avec la ferme intention de revenir en politique. Il en a été autrement.»

Résigné, M. Cauchon affirme que les lendemains de ces élections se sont bien passés. «Il a été beaucoup plus pénible de quitter mon comté en 2004 pour retourner dans le secteur privé après 10 années de politique que de vivre la défaite de 2011, avoue celui qui a toujours le goût de la politique. Une défaite a toujours des côtés positifs. Elle nous permet de grandir.»

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En 2008, Anne Lagacé Dowson décide de se présenter sous la bannière néo-démocrate à l’élection partielle de Westmount–Ville-Marie. La journaliste fait le saut en se disant que tout est possible dans une partielle, même dans ce château fort libéral montréalais. Mais le premier ministre Stephen Harper déclenche des élections générales peu de temps après et la partielle est naturellement annulée. «Tout a changé, se rappelle Mme Lagacé Dowson. En élections générales, c’est clair qu’on avait moins de chances.» La néo-démocrate termine deuxième à près de 10 000 voix du libéral Marc Garneau. «C’était très honorable, souligne-t-elle. Je n’ai aucun regret de m’être présentée et j’encourage tout le monde à le faire, à s’impliquer.»

Mme Lagacé Dowson dit ne pas s’être posé de question à savoir si elle pouvait retourner cogner à la porte de son ancien employeur, CBC. Elle a plutôt donné un nouveau tournant à son parcours. «La campagne, ça change une vie», raconte-t-elle. Aujourd’hui, elle est à la tête de la Fondation Tolérance et s’attaque à l’intimidation dans les écoles, en plus d’être chroniqueuse sur différentes tribunes. «On a une certaine liberté dans notre société. Il faut en profiter quand on en sent le besoin», conclut-elle.

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Option nationale: La victoire et rien d’autre
Des candidats engagés dans des luttes aujourd’hui, seul Jean-Martin Aussant a accepté de dire quelques mots à Métro. Le chef d’Option nationale tente de se faire élire dans Nicolet- Bécancour, mais rien n’est joué. Nous avons voulu savoir s’il réfléchissait à une potentielle défaite. Voici ce qu’il nous a répondu : «Nous travaillons sans arrêt, avec peu de ressources humaines, pour gagner le comté de Nicolet-Bécancour, et pas une seule minute n’est gaspillée à penser aux suites d’une défaite en ce moment.»

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