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Jean Cournoyer: «l’histoire se répète»

Photo: Philippe-Vincent Foisy/Métro

Les bouleversements qui secouent l’industrie de la construction et les municipalités n’ont rien de nouveau pour l’ancien homme politique Jean Cournoyer. De 1969 à 1982, il a tour à tour été ministre de la Fonction publique, ministre du Travail et maire de Dollard-des-Ormeaux. Métro a profité de la parution de son autobiographie, Dans le feu de l’action, pour s’entretenir avec lui.

Le gouvernement doit abolir, le 1er décembre, la pratique du placement syndical sur les chantiers de construction. A-t-il raison de le faire?
Oui! Le pouvoir des syndicats sur les travailleurs est énorme. Actuellement, les entrepreneurs font appel aux syndicats et ces derniers décident de ceux qui travailleront et de ceux qui ne travailleront pas. Un petit groupe d’amis des contremaîtres profite du placement syndical. Ceux qui n’ont pas ce genre de relations sont perdants.

Pourquoi l’industrie de la construction semble-t-elle si difficile à gérer?
Les travailleurs n’ont pas d’appartenance fixe. D’un chantier à l’autre, ils peuvent changer quatre et cinq fois d’employeurs dans la même année et ça donne lieu à des conflits qui donnent souvent lieu à la violence. Dans les années 1970, la Commission Cliche m’a recommandé d’abolir le placement syndical et j’ai donné l’ordre de le faire. Comme j’ai perdu mes élections plus tard la même année, le placement syndical est resté. L’histoire se répète aujourd’hui.

L’industrie est-elle prête à vivre ce changement?
C’est impossible de remplacer le système de référence actuel par une centrale comme la Commission de la construction du Québec (CCQ). Le pouvoir des syndicats repose sur leur capacité à désigner les bons travailleurs aux bons endroits. Peut-on mettre le nom d’un ouvrier dans une machine et lui attribuer un employeur à l’autre bout? Je ne vois pas comment ça peut fonctionner.

Croyez-vous que des syndicats seront éclaboussés par la Commission Charbonneau?
Non. Un certain copinage a été évoqué entre les syndicats et les entrepreneurs. Je pense aux liens soulevés par les médias entre Michel Arsenault [président de la Fédération des travailleurs du Québec] et l’homme d’affaires Tony Accurso. Mais jusqu’à preuve du contraire, je n’y vois rien de scandaleux.

Avez-vous été témoin de corruption ou de collusion à l’époque où vous étiez ministre?
Je n’ai rien vu de tel, sauf qu’en tant que ministre du Travail, je ne distribuais pas de contrats. Dans les années 1960, le ménage a été fait à la suite de la Commission Salvas, mise sur pied par Jean Lesage. Elle a démontré que, sous Maurice Duplessis, un pourcentage des coûts de la construction était remis au parti Union nationale sous forme de ristournes. Exactement comme aujourd’hui.

Au-delà des révélations et des possibles poursuites criminelles, quel impact devrait avoir la Commission Charbonneau pour être un succès?
Je pense qu’une commission comme celle-là doit être un exercice d’éducation populaire. L’impact qu’elle aura sur les mentalités est selon moi plus important que les recommandations qu’elle va faire.

Vous avez été maire de Dollard-des-Ormeaux de 1978 à 1982. Croyez-vous qu’une grande municipalité peut être à l’abri de la corruption?
Absolument pas. Une municipalité en constant développement comme Montréal sera toujours attrayante pour les gens susceptibles de corrompre des élus.

Les maires de Laval, de Montréal et de Mascouche ont été visés par des allégations de corruption. À quel point sont-ils responsables de ce qui se passe au sein de leur administration?
L’homme politique n’a pas beaucoup de pouvoir sur l’ensemble de son personnel. D’autant plus qu’à l’arrivée d’un nouvel élu, beaucoup d’employés de la Ville sont déjà en poste. En tant que maire, tu fais confiance à ton équipe.

Dans le feu de l’action
Éditions de l’Homme

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