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12:00 13 décembre 2020 | mise à jour le: 13 décembre 2020 à 12:23 temps de lecture: 8 minutes

COVID-19: les impacts d’un reconfinement au Québec

COVID-19: les impacts d’un reconfinement au Québec
Photo: Josie Desmarais/MétroLe premier ministre François Legault

Au cours des dernières semaines, le nombre de nouveaux cas de COVID-19 rapportés quotidiennement est très élevé au Québec. Les hospitalisations sont aussi en hausse constante depuis un moment. Le spectre d’un éventuel reconfinement total se pointe, mais est-ce qu’il en vaudrait la peine? Quelle serait son efficacité? Surtout, quels en seraient les impacts?

Mercredi dernier, le premier ministre du Québec, François Legault a dit qu’il en avait assez des citoyens qui ne respectaient pas les consignes sanitaires. Il a alors annoncé que les différents corps policiers de la province allaient remettre davantage de contraventions à ceux qui participent à des rassemblements illégaux pour répondre au problème.

C’est le moyen, selon lui, de lancer un message clair aux personnes qui continuent de se rassembler illégalement.

«On n’est plus à l’étape d’avertir le monde», a-t-il lancé mercredi.

Il continue de marteler qu’il n’en est «pas rendu là», mais François Legault n’exclut pas un reconfinement durant les Fêtes. Si les Québécois ne répondent pas aux mesures déjà en place, «on n’aura pas le choix» de fermer certains commerces non essentiels, a-t-il convenu.

«La réponse est entre les mains des Québécois», a ajouté le chef caquiste.

Cette réponse sera connue la semaine prochaine, selon M. Legault.

Les impacts d’un œil épidémiologique

Selon le Dr Vincent Bouchard-Dechêne, un médecin spécialiste qui est notamment responsable de l’unité COVID-19 à l’Hôpital Notre-Dame, il serait préférable pour plusieurs raisons d’éviter un nouveau confinement général, comme François Legault l’a dit à plusieurs reprises. Toutefois, si la tendance à la hausse des hospitalisations se maintient, le gouvernement pourrait être obligé de passer à l’action, explique-t-il en entrevue à Métro.

Au-delà des chiffres représentant le nombre de cas en tant que tel, l’élément déterminant qui pourrait forcer les autorités à déclencher un reconfinement est le nombre d’hospitalisations, à l’étage et aux soins intensifs, soutient-il.

Durant les derniers mois, la résurgence de cas au Québec, constatée lors de cette deuxième vague, a énormément affecté le système de santé. Les urgences de plusieurs hôpitaux débordent et des éclosions importantes dans des CHSLD rendent la tâche très difficile pour les employés du secteur. Le manque de personnel semble être l’un des problèmes majeurs de la lutte à la COVID-19.

«Le système de santé est très fragile actuellement», dit le Dr Bouchard-Dechêne. «On est extrêmement débordé dans les ressources humaines (infirmières, préposés, etc.). Si on ouvre des lits pour la COVID-19, forcément on coupe d’autres choses. Vous l’avez vu avec les annonces, notamment par rapport au délestage cette semaine. Il y a des conséquences sur le non-COVID à ouvrir plus pour la COVID-19. Donc si on continue à voir la hausse s’accentuer, je pense qu’on pourrait arriver à un point où on n’aura malheureusement pas le choix de reconfiner. Si la tendance se maintient, il n’y aura juste pas assez de lits dans les hôpitaux.»

Des effets bénéfiques

Tout comme plusieurs de ses collègues, le médecin croit qu’il pourrait éventuellement être nécessaire d’imposer un nouveau confinement afin d’essayer de casser la deuxième vague et surtout pour passer à travers le mois de janvier sans vivre une crise hospitalière.

Un confinement bien fait peut avoir un effet bénéfique et freiner la propagation, selon le Dr Bouchard-Dechêne. Il est toutefois important que les gens respectent vraiment les règles. D’autre part, l’efficacité d’un confinement ne peut pas être mesurée en deux jours. C’est avec des cycles de 14 à 21 jours que l’on peut réellement en constater les effets.

«Il est certain qu’un reconfinement aurait un effet bénéfique pour plafonner à tout le moins les hospitalisations et non seulement les cas en tant que tels», a conclu le Dr Bouchard-Dechêne.

Les écoles

Le 20 novembre dernier, Andrew Morris, un professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Toronto, disait déjà que pour diminuer la propagation du virus, le Québec se devait de resserrer ses règles sanitaires, sans pour autant fermer les écoles.

Selon Dr Morris, expert en maladies infectieuses, un reconfinement général n’est pas nécessairement la méthode à adopter pour se rapprocher du «COVID zéro». La fermeture des écoles, par exemple, demeure le dernier retranchement pour les gouvernements, souligne-t-il.

«À mes yeux, il vaut mieux tout fermer sauf les écoles en raison de leur importance. Mais des fois, c’est possible que la fermeture soit inévitable, surtout si le milieu scolaire devient un vecteur important de transmission», indique Dr Morris.

Depuis que le professeur a émis ses propos, la situation s’est dégradée.

Des experts, tel que le député libéral et radiologiste de formation Gaétan Barrette, estiment qu’un nouveau confinement est nécessaire pour ralentir la deuxième vague de la pandémie.

Le réseau scolaire compte plus du quart des éclosions actives au Québec. En date du 11 décembre, plus de 1150 écoles au Québec composent avec des cas de COVID-19.

Impacts sur l’économie

Depuis le début de la pandémie, près de 10 000 restaurants ont fermé définitivement, estime l’organisme Restaurants Canada, qui représente des restaurants et des services alimentaires à travers le pays.

Selon les sondages et les projections de l’association, plus de la moitié des établissements sont en danger de fermer dans les six prochains mois si les mesures de confinement continuent.

De plus, 65% des restaurateurs fonctionnent actuellement à perte. Ceux-ci ne s’attendent pas à revoir des profits d’ici un an.

Depuis qu’ils ont été forcés de fermer, les gyms et les salles de cinéma ont aussi énormément souffert avant même qu’un nouveau confinement soit imposé.

Encore plus de commerces seraient évidemment affectés par un nouveau confinement. La question suivante se pose donc: peut-on se le permettre? Selon un économiste interviewé par des étudiants en journalisme, la réponse c’est oui.

«On a un choix à faire: voulons-nous une crise sanitaire ou une crise économique en plus d’une crise sanitaire?», questionne l’ex-ministre délégué aux finances du Québec et professeur d’économie à l’UQAM, Alain Paquet.

L’économie et les mesures préventives employées par le gouvernement sont dépendantes l’une de l’autre. «Si l’on regarde les États-Unis, ils ont préféré protéger l’économie plutôt que de protéger la santé des gens, explique M. Paquet. Ça n’a visiblement pas fonctionné, car la situation économique du Québec et du Canada se porte mieux.»

Ainsi, l’instauration d’un second confinement serait avantageuse pour l’économie sur le cours de plusieurs mois, jusqu’à ce que la distribution des vaccins soit terminée.

Période clé pour les commerçants

Les commerces jugés essentiels, eux, sont plus durement touchés par l’annulation des festivités de Noël. «Quoique minime, il y a définitivement une baisse dans les ventes de produits, dit Mahmoud Abdel Gawad, propriétaire de la fromagerie Paradis du Fromage. Ce qui est certain, c’est qu’on a beaucoup plus de pertes en termes de produits périssables.»

Abdel Gawad ne se décourage tout de même pas avec la venue de mois tranquilles comme janvier et février.

Les commerçants en alimentation ne sont pas les seuls à affronter la pandémie de la COVID-19. En effet, plusieurs nouveaux entrepreneurs sont laissés au dépourvu à la veille d’une période habituellement significative en matière de revenus. N’ayant droit à aucune aide gouvernementale vu l’absence d’un chiffre d’affaires pour l’année précédente, les nouvelles entreprises sont laissées à eux-mêmes.

«Nous sommes installés dans le milieu alimentaire des épiceries fines. La crise nous a frappés de plein fouet, avant même que nous puissions démarrer le tout correctement», constate Michaël Quevillon, nouvellement co-propriétaire d’une entreprise se spécialisant dans les sirops pour boissons alcoolisées.

Il s’estime tout de même chanceux du goût marqué de la population québécoise pour les produits de sa province.

Avec des informations de l’École des médias de l’UQAM.

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