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16:56 13 février 2021 | mise à jour le: 15 février 2021 à 14:20 temps de lecture: 4 minutes

Mot en «N»: François Legault veut «défendre la liberté d’expression»

Mot en «N»: François Legault veut «défendre la liberté d’expression»
Photo: Archives MétroLe premier ministre François Legault se dit préoccupé par le débat sur la liberté d’expression.

Estimant que le débat sur la liberté d’expression et académique est en train de «déraper», le premier ministre du Québec, François Legault, a fait une sortie en règle contre les mouvements visant à limiter l’utilisation de certains mots dans les universités. Dans un message diffusé samedi matin sur le réseau social Facebook, le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) souhaite lancer une discussion commune afin d’éviter qu’une «poignée de militants radicaux» ne puissent détourner le débat.

M. Legault cite notamment le débat entourant l’utilisation du mot en «N» dans un contexte académique par une professeure de l’Université d’Ottawa, mais également d’autres histoires entourant des mots perçus comme blessants ou insultants par une partie de la population.

«Ça va trop loin. L’utilisation de certains mots peut blesser, et il faut reconnaître la douleur de ceux qui la ressentent. Par contre, leur juste cause ne doit pas être détournée par des radicaux qui veulent censurer, museler, intimider et brimer notre liberté de parole. Entre blessure et censure, on doit tracer une ligne», indique M. Legault.

Une professeure de l’Université d’Ottawa, Verushka Lieutenant-Duval, avait provoqué un tollé après avoir prononcé le mot en «N» durant un cours l’automne dernier.

La professeure avait utilisé ce mot pour expliquer le concept de réappropriation par un groupe d’un mot d’abord utilisé comme insulte. Une étudiante choquée avait dénoncé Mme Lieutenant-Duval sur les médias sociaux, partageant même les coordonnées personnelles de l’enseignante.

L’affaire avait suscité un débat public sur la liberté d’expression et la censure. À Montréal, la diffusion d’une vidéo montrant Vincent Ouellette, un enseignant au secondaire utilisant à plusieurs reprises le mot en «N», avait également fait réagir.

Dans le cas de M. Ouellette, les étudiants dénonçaient une situation plus large d’insultes et de commentaires désobligeants à l’égard de diverses minorités, ce qui n’était pas le cas de Mme Lieutenant-Duval. M. Ouellette a été congédié un mois plus tard.

Liberté d’expression

De son côté, M. Legault a publié sur Facebook qu’il peut être sain de remettre en question certaines conceptions ou certains comportements et d’éviter de choquer ou de blesser, mais sans toutefois sacrifier la liberté d’expression.

«On voit qu’une poignée de militants radicaux essaient de censurer certains mots et certaines œuvres. On voit arriver ici un mouvement parti des États-Unis et franchement, je trouve que ça ne nous ressemble pas. Ce qui est vraiment inquiétant, c’est que de plus en plus de gens se sentent intimidés. Ils se sentent forcés de s’autocensurer, de peur de se faire insulter et dénoncer sur la place publique». – François Legault

Le premier ministre croit que le problème émane des universités, où des professeurs se feraient demander de retirer des cursus les œuvres de certains écrivains, notamment Anne Hébert, Réjean Ducharme, Dany Laferrière et Pierre Vallières. Le problème ne serait cependant pas limité aux campus selon M. Legault.

«À l’automne, j’en ai moi-même fait l’expérience quand des militants ont essayé de censurer mes suggestions de lecture parce que j’avais recommandé un livre de Mathieu Bock-Côté, qui portait justement sur les dérives du politiquement correct. Récemment, une chargée de cours à l’université témoignait dans un journal qu’elle s’était fait dénoncer et harceler pour avoir utilisé les mots « homme » et « femme »», s’exclame-t-il.

Démocratie

S’il estime qu’il faut protéger les personnes victimes de racisme, il soutient qu’il faut également défendre la liberté d’expression, un des piliers de la démocratie.

«Si on se met à faire des compromis là-dessus, on risque de voir la même censure déborder dans nos médias, dans nos débats politiques. On ne voudra plus rien dire. Personne n’osera parler d’immigration, par exemple, si chaque fois qu’on aborde ce sujet, on se fait crier des bêtises. Personne ne veut ça. Pas moi, en tout cas», explique-t-il.

Selon le chef caquiste, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, serait en train de se pencher sur cette problématique avec les milieux universitaires «pour agir rapidement» afin de protéger la liberté d’expression.

 

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