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Joyce Echaquan n’a pas reçu l’aide dont elle avait besoin, selon une témoin

Photo: Capture d'écran

Le matin de sa mort, Joyce Echaquan souffrait tellement qu’elle hurlait pour demander de l’aide aux infirmières qui n’ont pas su la réconforter, selon sa voisine de civière à l’hôpital de Joliette venue témoigner aux audiences de l’enquête publique visant à élucider les circonstances de la tragédie.

En larmes, la témoin civile Annie Desroches a lu la lettre de 10 pages qu’elle a écrite à la main le 29 septembre et qui est déposée en preuve.

À son réveil aux urgences le 28 septembre au matin, Joyce Echaquan était couchée sur la civière voisine à la sienne.

Mme Echaquan, qui était souffrante, ne voulait plus prendre de morphine, car cela lui créait un fort sentiment de sevrage lorsqu’elle cessait d’en prendre. La patiente demandait un anti-douleur tout de même, car elle avait très mal, a relaté Annie Desroches.

Les infirmières lui ont alors administré un médicament par injection. «Je n’ai pas su de quel antidouleur il s’agissait, mais s’il s’agissait de morphine, elle n’en voulait pas», a raconté la témoin.

À la barre, Mme Desroches a expliqué que Mme Echaquan était «très gentille, cohérente et calme à ce moment». Elle avait même accepté de l’aider en faisant une recherche sur son téléphone.

Un changement d’état «soudain»

Selon la témoin, Joyce Echaquan a changé d’état d’esprit «soudainement», quelques instants après avoir reçu l’injection. «Elle a commencé à crier en se tordant de douleur. Je ne comprenais pas ce qu’il lui était arrivé, car peu de temps avant, nous étions en train de parler ensemble», a-t-elle expliqué.

Annie Desroches soutient avoir entendu Joyce Echaquan appeler à l’aide à plusieurs reprises. Selon la femme de 34 ans, le personnel semblait minimiser la douleur de Mme Echaquan et certains ont d’ailleurs ri de sa souffrance.

«Elle criait “j’ai mal merde” et elle a commencé à être agitée. Elle a cogné sur le mur et a crié “je vais quitter mon corps, j’aimerais mieux mourir que endurer cette douleur”. Elles [les infirmières] l’ont laissée comme ça en lui disant seulement de ne pas crier», a-t-elle témoigné.

Pour Annie Desroches, c’est évident que Joyce Echaquan avait besoin d’aide. «Ce n’est pas normal de laisser une personne dans un état pareil», a-t-elle dit. Selon son récit, Joyce Echaquan aurait aussi répété «vous me laissez mourir, je vais mourir».

De leur côté, les infirmières et les préposées aux bénéficiaires venues témoigner aux audiences ont dit que, selon elles, Joyce Echaquan criait sans formuler de propos compréhensibles. Si certains disent qu’elle parlait dans sa langue, d’autres pensent qu’elle ne faisait que hurler.

Deux autres témoins civils

Deux autres témoins civils, Stéphane Guilbault et Josiane Ulrich, ont fait une déclaration audio qui va en ce sens.

Selon le couple qui était aux urgences de Joliette le jour du décès de Joyce Echaquan, le personnel soignant a été désobligeant envers la patiente atikamekw.

«À chaque fois qu’elle sonnait, ils disaient: “c’est encore la Joyce”, “c’est encore la fatigante”, “ça aime mieux se faire fourrer pis avoir des enfants pis se plaindre”», a déclaré Mme Ulrich à l’enquêteur.

M. Guilbault affirme avoir entendu des employés dire «les indiens aiment se plaindre pis se faire fourrer pis avoir des enfants».

Après le décès de Joyce Echaquan, Josiane Ulrich dit aussi avoir compris «enfin, on va avoir la paix, elle est morte». La mère de famille dit même que sa fille de 11 ans a été «traumatisée» par ce dont elle a été témoin à l’hôpital de Joliette cette journée-là.

Des craintes plus importantes depuis le décès

Barbara Flamand, l’agente de liaison autochtone qui était sur place le jour du décès de Joyce Echaquan, a expliqué à la barre des témoins mardi que les craintes des patients atikamekw se sont exacerbées à la suite de la tragédie.

Depuis les évènements, certains membres de la communauté ont peur de recevoir des antidouleurs par injection, a-t-elle affirmé.

Par ailleurs, la personne ressource indique que tous les patients qu’elle a déjà accompagnés en deux ans de service à l’hôpital de Joliette ont formulé des plaintes par rapport aux soins qu’ils ont reçu dans cet établissement.

Cependant, Mme Flamand affirme qu’elle n’a jamais pu déposer ces plaintes en bonne et due forme puisqu’elle n’avait reçu aucune formation sur le processus et n’avait pas confiance que les plaintes seraient bien acheminées. De plus, le fait qu’elle n’avait pas de bureau pendant la majorité de son service compliquait les choses.

Selon son témoignage, Barbara Flamand n’était pas reconnue du personnel de l’hôpital qui semblait même «l’éviter». On aurait d’ailleurs refusé de lui dire où était Joyce Echaquan le 28 septembre, sous prétexte qu’elle n’était pas de la famille, bien qu’elle avait sa carte d’employée au cou.

Mme Flamand a démissionné de son poste en février 2021 parce qu’elle se sentait «inutile», «pas écoutée» et n’avait «aucun soutien», a-t-elle expliqué.

Les audiences de l’enquête publique se poursuivent jusqu’au 2 juin au palais de justice de Trois-Rivières.

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