Le Centre jeunesse de l’Estrie sur un pied d’alerte à Lac-Mégantic
Les intervenants du Centre jeunesse de l’Estrie (CJE) sont sur un pied d’alerte à Lac-Mégantic. Le déraillement du train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway a accru l’anxiété des familles à risque, en plus de leur faire vivre un sentiment d’insécurité à l’intérieur de leur propre maison.
Ils sont sept intervenants à surveiller de près les 90 enfants méganticois dont les familles reçoivent des services du CJE. Celui-ci intervient lorsque des enfants sont négligés, abandonnés, victimes de violence ou à risque de l’être. Dans les premières heures qui ont suivi la tragédie, le CJE a mobilisé ses ressources pour s’assurer que toutes ces familles allaient bien.
«Il y a des gens qui étaient dans la zone limite. Ils sont encore plus vulnérables que la moyenne des gens qui subissent des traumatismes. Ils étaient fragiles avant la tragédie, mais ils étaient en mesure de s’occuper de leur enfant. Aujourd’hui, ils ont beaucoup de difficulté à répondre à leurs besoins et à ceux de leurs enfants», a mentionné mercredi le directeur de la protection de la jeunesse du CJE, Alain Trudel.
Comme plusieurs Méganticois, ces familles craignent de ne pas être en sécurité dans leur maison et elles ont peur à l’idée que des trains transportant des produits dangereux sillonnent à nouveau leur région. Ils redoutent aussi de perdre leur emploi devant les entreprises méganticoises rayées de la carte ou qui fonctionnent au ralenti.
Le CJE offre à ces familles vulnérables du soutien psychologique ainsi que de l’aide pour se reloger et trouver de la nourriture. Il les accompagne également dans toutes les démarches qu’elles doivent entreprendre tant auprès de la Ville que du gouvernement du Québec.
En plus de ces familles vulnérables, le CJE a pris sous son aile de nouvelles familles qui peinent à prendre soin d’elles-mêmes à la suite du déraillement. Une hausse des signalements à la Direction de la protection de l’Estrie a d’ailleurs été constatée. Elle est en partie attribuable au drame du Lac-Mégantic, a précisé. M. Trudel.
L’état d’urgence dans lequel vit la communauté du Lac-Mégantic a pour effet de renforcer la solidarité de ses habitants, a remarqué Alain Trudel. Même que les familles vulnérables suivies par le CJE, qui étaient exclues et marginalisées, ont désormais un sentiment d’appartenance pour leur communauté. «On se préoccupe d’eux, a rapporté M. Trudel. Les gens les abordent, ce qu’ils n’auraient pas nécessairement fait avant la tragédie. Tout le monde a les coudes serrés. Il y a une grande sollicitude les uns envers les autres.»
Le directeur du CJE a enjoint la population méganticoise à ne pas laisser tomber cette population vulnérable. «Il faut continuer d’être attentif aux gens qui nous entourent, a-t-il dit. Quand le quotidien va se réinstaller, ça va être dangereux de revenir en arrière pour ces gens marginalisés. Il faut faire attention au vide.»
Malgré toutes les offres d’aide provenant des différents centres jeunesses, le CJE n’a pas jugé bon de les accepter. Il fonctionne avec son équipe régulière dans des bureaux temporaires puisque le point de service du CJE se trouve dans la zone rouge, à Lac-Mégantic. Alain Trudel croit toutefois que le CJE aura sans doute besoin d’aide dans les prochains mois.
«Ce qu’on a dit à nos collègues qui nous offrent de l’aide, c’est qu’on n’en a pas besoin maintenant, mais peut-être que dans les prochains mois, on en aura besoin parce que le sentiment de vide va s’intensifier», a mentionné M. Trudel.
Les intervenants de CJE font aussi l’objet d’un suivi accru. Plusieurs d’entre autres ont été ébranlés par la tragédie du Lac-Mégantic puisqu’ils devaient se rencontrer au Musi-Café le soir du drame. Une de leur collègue, Natacha Gaudreau, a eu la malchance de s’y trouver lorsque le train a quitté les rails. Elle fait partie des personnes disparues.
«On s’assure que tout le monde est confortable et est en mesure de faire son travail, a fait savoir le direction du CJE. On est très à l’affût du surmenage ou de l’épuisement dont pourrait souffrir les intervenants. On a des gens ici qui sont très engagés.»
«Je leur ai dit que c’est une force de demander de l’aide comme professionnel, a ajouté M. Trudel. On ne le fait pas souvent. On ne le fait pas assez. Il ne faut pas attendre le point de rupture pour demander de l’aide parce qu’il sera trop tard.»
Les intervenants montréalais prêts à aider
Le Centre jeunesse de Montréal-Institut universitaire (CJM-IU) est l’un des nombreux centres jeunesse du Québec à avoir offert de l’aide au Centre jeunesse de l’Estrie à la suite du déraillement du train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway à Lac-Mégantic.
«Notre mission, c’est d’être en relation d’aide auprès des familles alors quand on voit un drame comme celui de Lac-Mégantic, on se sent interpellé», a dit l’adjointe au directeur général au CJM-IU et responsable du bureaux des communications, Julie Grenier.
Pour le moment, seule une agente d’information du CJM-IU est allée prêter main forte à ses collègues de Lac-Mégantic puisque les médias assurent une couverture soutenue des lendemains du déraillement du train. Elle les a aidé à relocaliser leurs bureaux et à informer la population via les réseaux sociaux.
Plusieurs intervenants montréalais ont, en plus, manifesté leur intérêt pour aller donner un coup de main à Lac-Mégantic. Dès que le Centre jeunesse de l’Estrie signifiera son manque de professionnels, ils pourront prendre le chemin du Lac-Mégantic.