L'abstention prend de l'âge et inquiète
Les jeunes sont régulièrement montrés du doigt pour leur fort taux d’abstention à chaque élection. Mais ils ne sont plus seuls. Une étude publiée il y a quelques mois confirme que la désaffection se répand. En près de 30 ans, le taux de participation moyen a chuté de 20 points de pourcentage.
Y-a-t-il péril en la demeure? Le 8 décembre 2008, jour d’élections au Québec, la démocratie québécoise touchait le fond, avec un taux de participation 57,43 %, le plus bas de son histoire. Pour tenter de trouver des explications à ce phénomène inquiétant, le Directeur général des élections du Québec commandait une étude à un chercheur en sciences politiques de l’Université Laval, François Gélineau.
Une cassure générationnelle
Un an plus tard, à la lecture de l’étude de 65 pages, certaines données frappent. Si les 18-24 ans se sont abstenus de voter à 59 %, les 25-34 ans (55 %) et les 35-44 (53 %) ne font guère mieux. Fait étonnant, les 45-54 ans ne se sont abstenus que dans une proportion de 33 %. Les tendances sont les mêmes au fédéral et au municipal.
«De tout temps, les jeunes ont moins voté que les électeurs plus âgés. Ce qui est nouveau et troublant, voire inquiétant, c’est qu’une fois parvenues à la trentaine, ces générations nées à partir des années 1970 continuent à s’abstenir de voter dans une très forte proportion», note Cynthia Gagnon, porte-parole du DGEQ.
Pour contrer l’abstention, plusieurs actions ont été entreprises afin de faciliter le vote (hors Québec ou dans les résidences de personnes âgées) et de sensibiliser les jeunes. Mais selon Julien Gagnon, président des jeunes libéraux, le Québec ne pourra pas faire l’économie d’un grand débat.
«On a rarement autant parlé de cynisme à l’égard de la politique, mais on ne s’est jamais vraiment attaqué à ce problème», lance le jeune homme de 21 ans, qui pense qu’il faut sortir de «l’ex-aucratie» et donner plus de place aux jeunes en politique, mais aussi dans les débats qui fleurissent dans les médias.
Parmi les autres solutions mises de l’avant : des cours au secondaire et au cégep afin d’améliorer les compétences civiques et les connaissances politiques des jeunes, voire même l’obligation de voter, avec amendes pour les récalcitrants. Chose presque certaine, le fond du baril n’est pas atteint. «Quand les bébé-boumeurs, qui votent à 80 %, sortiront de l’électorat, on devrait voir le taux décliner encore davantage», prévoit François Gélineau.
Théories de la cassure
Pourquoi, le 8 novembre 2008, les 35-44 ans ont-ils voté à 47 %, alors que les 45-54 ans ont voté à 67 %, accréditant ainsi la thèse de la cassure générationnelle? Plusieurs hypothèses non confirmées circulent. Les citoyens ne s’investissent-ils pas différemment dans d’autres domaines d’activité comme le monde associatif? Le manque de compétition au niveau national et dans les circonscriptions est aussi avancé, de même que le manque d’enjeux.
Trois types de non-votants
François Gélineau, de l’Université Laval, a interrogé des personnes qui n’ont pas voter en 2008 pour analyser les raisons de leur abstention :
- 1 Raisons politiques (choix des candidats, critique du mode de scrutin…) : 30 %
- 2 Rien n’aurait pu m’inciter à voter : 28 %
- 3 Motifs techniques (problème de liste…) ou circonstanciels (trop occupé…) : 25 %