Du placement syndical…
Du placement syndical au placement libéral? On jase, mais la question se pose…
Au-delà de la colère contre l’intimidation et le vandalisme du reality show qui captive et détourne l’attention, la Loi 33 ne concerne pas que le placement syndical, mais l’ensemble de la Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction.
Si certains des moyens utilisés cette semaine peuvent être décriés, il ne faut pas généraliser non plus en ce qui concerne les 152 740 salariés de l’industrie de la construction qui ne sont pas tous des Rambo. Au-delà du saccage, il faut entendre le message malgré tout et s’intéresser au projet de loi de 87 pages (le placement syndical ne touche que 2 pages du document).
Je vais me limiter à indiquer quelques passages. La loi veut désormais englober les avantages sociaux de l’industrie de la construction, autrefois administrés par la Commission de la construction du Québec. La composition du conseil d’administration de la Commission devrait compter 15 membres, dont 4 indépendants recommandés par le ministre. Le projet de loi indique aussi qu’une clause de convention collective ne peut donner à une association, à un délégué de chantier, à un agent d’affaires ou à un représentant syndical le pouvoir d’exiger un document d’un salarié. Est-ce que les cartes de compétence entrent dans la catégorie des documents qui ne peuvent être demandés? De plus, le gouvernement pourrait maintenant, par règlement, «déterminer les activités comprises dans un métier ou dans une occupation spécialisée» ainsi qu’«établir les conditions et les modalités de fonctionnement du Fonds d’indemnisation des salariés de l’industrie de la construction».
Le bras de fer ne se joue pas qu’entre le gouvernement et les syndicats, mais également avec le lobby patronal, qui l’invite à adopter ce projet de loi. Si l’intérêt subit pour les pratiques syndicales dans l’industrie de la construction arrive en même temps que la saga sur la commission d’enquête sur l’industrie de la construction, il coïncide également avec le Plan Nord.
Le Plan Nord nécessitera, pour son développement, une vaste main-d’œuvre dans l’industrie de la construction. Et comme le projet de loi ne se limite pas au placement syndical, on peut s’interroger quant à savoir si le seul et réel motif du gouvernement est d’enrayer les cas de corruption et de collusion. On jase toujours: ce même gouvernement a été accusé cette semaine de favoritisme (ministère des Transports) et d’avoir voulu inviter des propriétaires de garderies privées à une rencontre avec la ministre de la Famille moyennant une contribution de 500$….
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.