Des orphelins de Duplessis stigmatisés
Plusieurs orphelins de Duplessis seraient toujours victimes, 60 ans plus tard, des faux diagnostics de débilité mentale qui ont causé leur internement. C’est ce que clame le comité d’aide aux orphelins victimes d’abus (COVA). L’organisme compte s’opposer à l’informatisation des dossiers de santé au Québec, si rien n’est fait pour régler leur cas. Il craint en effet que l’informatisation n’aggrave la stigmatisation dont certains de ses membres font encore l’objet.
Lucien Landry, secrétaire du COVA, fait partie des milliers d’anciens orphelins de Duplessis qui ont été enfermés dans des hôpitaux psychiatriques sous de faux diagnostics de démence. Beaucoup d’entre eux étaient des enfants illégitimes, nés entre 1940 et 1960, qui ont été placés dans des asiles plutôt que des orphelinats, sous de faux diagnostics médicaux, car les subventions fédérales étaient alors plus importantes.
Souvent victimes de maltraitances et de sévices sexuels, cela n’a pas empêché la majorité des orphelins de Duplessis de faire carrière, une fois adultes. Dans le cas de M. Landry, ce fut dans le domaine des services sociaux. Même s’il n’était plus sous curatelle publique depuis des années, il a toutefois eu une désagréable surprise en 2005. «Quand j’ai voulu me faire opérer à la cheville, j’ai dû subir un examen psychiatrique afin qu’on établisse que j’étais bien apte à signer les différents documents administratifs liés à mon opération, c’est absurde», clame-t-il.
Le secrétaire du COVA affirme que plusieurs autres personnes ont vécu des cas similaires. «En décembre, un autre orphelin a refusé d’être réévalué par un psychiatre et bien il n’a pu être opéré. On trouve ça inadmissible, est-ce qu’on va vivre jusqu’à notre mort avec ces faux diagnostics?» questionne M. Landry.
Le COVA veut rencontrer le ministère de la Santé et des Services sociaux et le Collège des médecins pour plaider sa cause et connaître les détails de l’entente les concernant. «On demande que les cas de faux diagnostics soient retirés des dossiers médicaux, pour que cela ne se répande pas dans toutes les branches du domaine de la santé, ce qui nuirait à notre accès aux soins», affirme M. Landry.
Il n’a pas été possible de mesurer si ces cas étaient des cas particuliers, le Ministère et le Collège des médecins se renvoyant la balle dans ce dossier. L’attachée de presse du ministre de la Santé, Natasha Joncas-Boudreau, précise toutefois que chaque Québécois pourra s’il le souhaite refuser l’informatisation de son dossier médical. Le Collège des médecins confirme que s’il est compliqué de renverser un diagnostic posé, la tâche n’est pas irréalisable.
Plus connu sous le nom de DSQ (Dossier de santé du Québec), l’informatisation est déjà entamée en Estrie, à Québec et dans Lanaudière. Elle débute actuellement à Montréal. Le fichier doit contenir des informations sur les patients, les médicaments qui lui sont prescrits, ainsi que les résultats d’analyse de laboratoire et d’imagerie médicale.