Vu comme ça…
Le cardinal Jean-Claude Turcotte a fait la manchette ces derniers jours en remettant son insigne d’officier de l’Ordre du Canada. Il refuse de faire dorénavant partie de ce club sélect (sic) qui accueillera bientôt le docteur Henry Morgentaler. Le cardinal est un homme de principe. Et en tant que membre de l’Église catholique, il est forcément pro-vie. Donc, il est hors de question pour lui de faire partie du même groupe qu’un homme qui pratique des avortements depuis plus de quarante ans. Que l’on soit d’accord ou non avec lui, admettons qu’il est au moins conséquent avec son engagement religieux. Ça, c’est une chose.
Ensuite, Mgr Turcotte en a appelé au pardon et à la tolérance pour deux officiels de son Église qui purgent (ou ont purgé) des peines pour des délits impliquant des victimes par rapport auxquelles ils étaient en position d’autorité. On parle ici d’un handicapé intellectuel qui avait l’âge mental d’un bambin et qui a été agressé pendant trente ans ainsi que d’une fillette âgée de huit ans qui a subi divers attouchements. Dans le dernier cas, le cardinal Turcotte a parlé d’une erreur de comportement de la part du prêtre. Là, ça devient une autre chose, disons…
De mon côté, si ma contribution peut compter, j’aimerais montrer au cardinal Turcotte une facette du docteur Morgentaler qu’il semble ignorer. Peut-être le regardera-t-il désormais différemment? Je me souviens du Morgentaler qui était LE médecin de famille de nombreux nouveaux arrivants de l’est de Montréal. Des immigrants qui ne disposaient que d’une connaissance fort limitée, voire même inexistante, du français ou de l’anglais. C’était le cas de ma voisine, une vieille mémé allemande. Elle pouvait converser avec lui en allemand parce qu’il avait appris cette langue dans sa jeunesse. Auschwitz, ça vous dit quelque chose? J’imagine…
C’était avant la carte d’assurance-maladie. Quand les clients de sa clinique étaient trop pauvres pour le payer, ils lui offraient souvent comme unique rétribution un simple regard rempli de gratitude. Comme la religion catholique nous l’a enseigné, Henry Morgentaler était là pour aider et aimer «son prochain». Les deux prêtres aussi, en principe. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je crois maintenant savoir qui a été le plus respectable des trois.