Trudeau dit donner l’heure juste sur les déficits
OTTAWA — Équilibrer le budget fédéral pourrait prendre des années, a affirmé le chef libéral Justin Trudeau, mercredi, alors qu’il a mis au défi le Nouveau Parti démocratique (NPD) d’expliquer comment il parviendrait à effacer le déficit dès son premier budget s’il est porté au pouvoir.
Mais la sortie de M. Trudeau soulève des questions inconfortables pour les libéraux, qui n’ont pas non plus présenté de plan détaillé sur l’atteinte de l’équilibre, parlant surtout de la notion de faire croître l’économie pour la classe moyenne.
M. Trudeau s’est défendu de faire preuve d’opacité.
«Bien que le Parti libéral continue d’être le parti qui s’engage à équilibrer le budget et à maintenir une responsabilité fiscale et une discipline, combien d’années cela prend pour équilibrer le budget est ce qui sera discuté dans les prochains jours et semaines», a dit le chef libéral, mercredi, de passage à Newmarket, en Ontario.
M. Trudeau a tenté de réorienter le débat économique autour d’un choix entre la croissance de l’économie et l’«austérité» — un terme chargé politiquement à la lumière de l’instabilité récente sur les marchés boursiers et du débat persistant sur les problèmes économiques de la Grèce.
Cette porte ouverte à un déficit alimentera sans nul doute les attaques des rivaux de M. Trudeau, qui ont tenté à maintes reprises de le présenter comme un poids léger en économie qui ferait des déficits une pratique courante, plutôt qu’une exception.
Le chef conservateur Stephen Harper a soutenu que tant les libéraux que les néo-démocrates replongeraient le pays dans des déficits structuraux désastreux.
M. Trudeau a fait valoir que les huit déficits consécutifs sous les conservateurs démontrent que M. Harper n’est pas placé pour faire la leçon à quiconque sur les finances publiques. «Nous sommes présentement en déficit», a martelé le chef libéral.
Libéraux et néo-démocrates semblent s’entendre pour dire que l’effondrement des prix du pétrole et l’incertitude économique persistante signifient que les finances du pays sont de nouveau dans le rouge — ce que les conservateurs ne sont pas prêts à reconnaître.
Le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, devait livrer un discours économique, mercredi, à Toronto, mais l’événement a été annulé à la dernière minute.
«La manière de se sortir des déficits est de faire croître l’économie, d’investir dans les Canadiens», a dit M. Trudeau.
«C’est de cette façon que vous évitez les déficits structuraux. Il suffit de regarder l’histoire récente. Les conservateurs enregistrent des déficits, alors que les libéraux savent comment faire croître le budget pour atteindre l’équilibre.»
Le NPD a dit croire que M. Trudeau avait changé de position plusieurs fois sur cette question depuis le début de l’année.
«Nous avons connu huit déficits consécutifs sous Stephen Harper et maintenant, Justin Trudeau promet d’en enregistrer plusieurs autres», a dit le candidat du NPD dans la région de Toronto et ancien ministre des Finances de la Saskatchewan, Andrew Thomson.
«Les politiques économiques et fiscales des conservateurs ont plongé le pays dans les dettes et la récession. Les incohérences des libéraux montrent qu’ils ne savent pas comment régler les dommages faits par Stephen Harper à notre économie», a-t-il ajouté.
Également mercredi, M. Trudeau a promis une mesure fiscale pour les enseignants obligés de payer de leur poche certaines fournitures scolaires nécessaires pour leur classe. Un gouvernement libéral mettrait en vigueur un crédit d’impôt qui permettrait de récupérer une partie de cette dépense. L’enseignant, quel que soit son revenu, aurait droit de dépenser jusqu’à 1000 $ pour obtenir un maximum de 150 $ en crédit d’impôt.
Le coût de la mesure est évalué à 60 millions $ par année.
M. Trudeau doit dévoiler, jeudi, une structure centrale de la plateforme électorale libérale: un plan de plusieurs milliards de dollars pour stimuler la croissance économique en investissant dans les infrastructures publiques.
La politique en infrastructure du chef libéral, devant être présentée à Oakville, en Ontario, devrait inclure de nouveaux investissements significatifs dans les transports en commun et les logements abordables, et pour aider les localités à s’adapter aux changements climatiques, blâmés pour des milliards de dollars en dommages causés par des inondations, des incendies de forêt et des tempêtes de grêle.