Martha Wainwright: bohème sophistiquée
Après son frère Rufus l’an dernier, c’est l’artiste pop-folk Martha Wainwright qui présentera le concert de pré-ouverture du 25e Festival des Arts de Saint-Sauveur (FASS). Elle y distillera en exclusivité son prochain album Good Night City et, pour une seule fois, elle sera entourée de danseuses et de danseurs. Test du tourne-disque.
Jouer à Saint-Sauveur a pour vous une signification spéciale…
Oui. C’est le village natal de ma famille. Ma mère (Kate McGarrigle) et ses sœurs ont été élevées à cet endroit, tandis que mon frère et moi y avons passé nos fins de semaine, les fêtes de Noël, du Nouvel An, nos vacances d’été, etc. Nous n’allions pas souvent dans le village, mais le Festival nous a permis de créer des liens avec la communauté de Saint-Sauveur. De plus, la ville a inauguré l’an dernier, en face de l’église, la scène McGarrigle, du nom de ma mère et de ma tante.
Avez-vous participé au Festival l’an dernier?
Oui, et c’est un très bel événement. Comme c’est très souvent le cas lorsque Rufus ou moi sommes retenus pour un concert solo, on se retrouve l’un ou l’autre avec plein d’invités.
Vous avez enregistré un album hommage à Piaf. Quelle est pour vous la meilleure chanson française de tous les temps?
J’aime énormément chanter Dis quand reviendras-tu? de Barbara, dont j’adore la poésie. [Elle l’interprète dans le film Nuit #1 d’Anne Émond.] J’aime chanter des compositions d’autres femmes, et Barbara est très intéressante.
Quelle est, selon votre humeur, la meilleure chanson anglaise?
Brother, Can You Spare a Dime? [Paroles de Yip Harburg, musique de Jay Gorney, 1931.] Une chanson qui parle de la grande crise économique de 1929…
Question taquine: votre album préféré d’un membre de votre famille?
J’ai beaucoup, beaucoup apprécié Poses, le second album de mon frère [Rufus Wainwright], qui a d’ailleurs été enregistré à Montréal. Dans cet album, on perçoit vraiment à quel point c’est un chanteur incroyable, surtout sans la «deep wheel». (Rires)
Quelle chanson vous met de bonne humeur?
Don’t Get Me Wrong, par le groupe The Pretenders.
Inversement, quelle chanson préférez-vous écouter pour vous sentir triste?
La chanson de ma mère Go Leave. Elle parle du moment où mon père l’a quittée pour une autre femme. C’est une chanson vraiment triste. Dans l’enregistrement original, on entend à la fin une note qui fait «ting». Il s’agissait, de façon totalement imprévue, du son d’une larme de ma mère tombant sur la corde de sa guitare.
Un fantasme musical à réaliser?
J’ai toujours voulu faire un duo avec Bob Dylan et chanter avec lui une de ses «protested songs», mais il ne chante pas souvent avec d’autres. Je crois que nos voix se marieraient à merveille.
Un plaisir coupable? J’en ai plusieurs. Je regarde souvent la chaine de télévision CNN. En musique? Ah, ok, Shania Twain.
Votre chanteur québécois francophone préféré?
J’aime beaucoup Claude Léveillée. Il écrivait tellement bien. Les vieux pianos, wow.
Dernier coup de cœur?
C’était il y a deux jours! Il est rare de voir ou d’entendre quelque chose qui nous touche sans qu’on y ait été préparé. Ce fut le cas alors que j’étais sur la scène du Vancouver Folk Festival, où une artiste venue d’Irlande m’a véritablement happée. Elle s’appelle Lisa O’Neill et elle a déjà deux albums à son actif. L’une de ses chansons m’a touchée : Bobby D, qui parle de Bob Dylan.
Le moment le plus fort de votre carrière?
Il y a deux ans, à l’occasion du concert Kate Kids que nous avons présenté deux fois avec mon frère. C’était un show où nous avons repris des chansons de notre mère Kate et de notre père [Loudon Wainwright III] et interprétés des chansons l’un de l’autre ainsi qu’en duo. Nous avons vécu une véritable osmose. J’ai toujours souhaité que mes enfants empruntent une autre voie que la mienne, car la vie de musicien est très difficile, mais après les avoir vus en coulisse pendant ce concert, je me suis dit : «Ça serait vraiment dommage qu’ils ne perpétuent pas cette tradition familiale!»
Histoire de famille
Née en mai 1976, Martha Wainwright est la sœur du célèbre chanteur Rufus Wainwright.
• Les deux sont les enfants de Kate McGarrigle et de Loudon Wainwright III. Kate était membre d’un célèbre duo qu’elle formait avec sa sœur Anna, les Sœurs McGarrigle, tandis que Loudon Wainwright III lui, aussi chanteur folk, est le fils de Loudon Wainwright Snowden junior, écrivain et éditeur.
• Fait cocasse, sa femme, donc la mère de Loudon Wainwright III, se prénommait aussi Martha. À cette famille, on peut ajouter le nom de Lucy Wainwright Roche (34 ans), fille d’une autre union de Loudon Wainwright III, avec Suzzy Roche, qui est donc demi-sœur de Martha et Rufus!