Culture
10:50 19 octobre 2017 | mise à jour le: 20 octobre 2017 à 15:29 Temps de lecture: 5 minutes

120 battements par minute: Silence = mort

120 battements par minute: Silence = mort

Le film 120 battements par minute, qui représentera la France aux prochains Oscars, raconte les années phares du militantisme gai pour lutter contre le VIH/sida.

Un die-in à la place de la République à Paris. Un immense préservatif rose recouvrant l’obélisque de la place de 
la Concorde. Des banderoles affichant des slogans tels que «Folles, à la rue!» et «Sida: ni coupables ni victimes» accompagnés du triangle rose, une réappropriation du symbole utilisé en Allemagne nazie pour identifier les détenus homosexuels. Vingt-huit ans après la fondation d’Act Up-
Paris, il relève de l’évidence que la prise de parole sur le sida en France n’aurait jamais été la même sans la présence de cette association militante, qui prônait alors (et qui prône d’ailleurs toujours) les slogans percutants et parfois la désobéissance civile pour braquer les projecteurs sur cette pandémie.

L’idée de raconter les origines de cette association sous forme de fiction intéressait depuis longtemps le réalisateur français Robin Campillo (Eastern Boys), qui a rejoint Act Up-Paris en 1992, soit 10 ans après le début de l’épidémie. Et compte tenu du grand éventail d’excellents documentaires sur le sujet (notamment United in Anger et How To Survive A Plague), il a préféré éviter l’approche d’un film historique. «J’ai eu quelques remarques d’anciens militants d’Act Up de ma génération, qui me reprochaient de ne pas mettre en valeur les réussites de l’association, par exemple le fait qu’on ait obtenu le 100% pour les séropositifs, c’est-à-dire qu’ils ne paient rien pour leurs traitements», m’explique Campillo lorsque je le rencontre au Festival international du film de Toronto, en compagnie de son acteur principal, Nahuel Pérez Biscayart.

«Mon film est une fiction. Je n’avais pas envie de faire la promotion d’Act Up; je voulais plutôt raconter comment opéraient le collectif et l’intime à l’intérieur du groupe.» –Robin Campillo

Avec son 120 battements par minute, campé dans le Paris en crise du début des années 1990, Campillo livre une foudroyante déclaration d’amour à l’activisme, racontée par le prisme d’une histoire d’amour au sein même d’Act Up-Paris, entre le militant séropositif radical Sean (Pérez Biscayart) et Nathan (Arnaud Valois), un nouveau venu plus réservé.

À l’image de ses expériences au sein du groupe, le réalisateur met en scène de grandes assemblées hebdomadaires qui nous émeuvent par la prise 
de parole et l’engagement de ses personnages. «Aujourd’hui, je vois des gens qui sont très radicaux derrière leurs écrans d’ordinateur, mais ça ne se reflète pas dans la réalité», estime Campillo, lorsque je lui demande si nous avons un peu perdu cet appétit pour la revendication collective. «Ça doit bien faire rire nos dirigeants, parce que c’est totalement inoffensif de dire qu’on est pour les droits des prisonniers sur l’internet, par exemple. Ce n’est pas dangereux. Le truc avec Act Up, c’est qu’on était ensemble, qu’on se rencontrait en chair et en os. Ça se passait dans la rue.»

Cette fable militante complètement assumée, qui a reçu le Grand Prix à Cannes (selon les rumeurs, le président du jury Pedro Almodóvar aurait plutôt souhaité remettre la Palme d’Or au film), touche une corde sensible chez bon nombre de spectateurs, toutes orientations confondues. Alors que nos voisins du sud semblent plongés dans une misère politique qui pousse les citoyens à descendre dans la rue, le message de 120 battements résonne d’autant plus fort.

«Pour arracher des droits, tu ne peux pas toujours les demander poliment», résume Pérez Biscayart, un Argentin ayant appris dès son jeune âge que l’engagement politique et la dénonciation face des injustices se faisaient dans la rue, et plus précisément à la mythique Plaza de Mayo de Buenos Aires, dans son cas à lui.

«Quand on voit les progrès sur le plan des acquis sociaux, on constate qu’il a toujours fallu être un peu violent, parce qu’il faut faire un peu peur. Ce qui est génial dans Act Up, c’est qu’on se servait aussi de cette image des gais comme folles féroces… On se servait du côté spectaculaire du faux sang, et de la peur de la maladie, de se faire contaminer.» Et Campillo de renchérir: «Au sein d’Act Up, on a essayé de renvoyer le stigmate. Si on était des monstres, alors on allait vous faire peur.»

120 battements 
par minute
En salle

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