Forever Crazy: plus coquin que concupiscent
Après Gatineau et Québec, c’était au tour de Montréal, mardi, de dérouler le tapis rouge pour la première de Forever Crazy. Un bouquet de 13 tableaux glanés dans l’ensemble du répertoire du Crazy Horse, ce mythique cabaret érotique de Paris fondé en 1951.
Le parallèle est inévitable entre la revue, mise en scène par Dick (!) Walsh, que propose le Crazy et certaines boîtes de stripteaseuses prisées des joueurs de la LNH. Et c’est sans doute ce qui explique une certaine confusion à l’égard de ce spectacle qui s’est traduite par un accueil plutôt froid à Québec et mitigé à Montréal. D’autant que la formule, prévue pour un cabaret, était présentée dans un théâtre.
L’approche du Crazy Horse est singulière en ce sens qu’elle mise surtout, voire exclusivement, sur l’art de vivre à la française et une certaine idée du raffinement plutôt que sur la disponibilité sexuelle présumée des filles. C’est donc avec un regard plus coquin que concupiscent qu’il faut se rendre à ce spectacle.
Parmi les 13 tableaux, dont l’esthétique n’est pas sans rappeler les seventies, Bardot et quelques images gainsbouriennes, quelques-uns se démarquent, notamment Leçon d’érotisme, où une des danseuses, en jarretelles, bas de soie et talons hauts, explique à la gent féminine comment séduire un mec tout en se mouvant lascivement sur un canapé en forme de bouche. Chapeau d’ailleurs pour les… costumes, en particulier ces bas stay up qui s’enlèvent sans que l’ont ait à retirer les souliers!
Parmi les autres moments agréables, on notera le numéro Chain Gang, où une des filles, qui semblent toutes sorties du même moule – ce qui nous empêche, hélas, de nous attacher à l’une en particulier –, se transforme en léopard grâce à un habile jeu de lumière.
Le mythe de la fille sauvage côtoie aussi celui de la secrétaire (Crisis? What Crisis?), en passant par l’inévitable Marilyn et même, de façon un tantinet tordue, celui de la soumise encordée qui se la joue Lolita aguicheuse, sans oublier un superbe numéro de jambes (Legmania) qui évoque certaines figures de nage synchronisée, mais sans l’eau.
On aurait d’ailleurs intérêt à ajouter des éléments comme l’eau, le vent et, pourquoi pas, le feu pour rendre le tout plus chaleureux. Pour couples érotiquement soft et autres amateurs de finesse lascive.