Les Gerry’s & Les Marjo’s: rendez-vous doux
Comme Offenbach avant eux, c’est à l’église que se produisent les Gerry’s ce week-end, pour une «criss de grande messe». Métro a rencontré quatre des sept voix du «quartet» (!)
Ils sont sept, ils sont jeunes, ils sont beaux : un vrai boys band des années 2010! Sauf qu’ils chantent… des hits de Gerry Boulet. A capella. Façon barbershop. Ce genre de concept qui naît forcément à la suite d’une soirée bien arrosée… «La première fois que Guillaume [Tremblay, l’iniateur du projet, NDLR] m’a approché pour me proposer de faire partie d’une chorale de Gerry Boulet, j’ai refusé, tellement je trouvais ça bizarre! avoue Mathieu Grégoire, un des Gerry’s. Mais quand j’ai fini par embarquer, par comprendre ce que c’était en fait, j’ai changé d’idée. C’est vraiment un projet qui est porté par les gens qui gravitent autour et qui y croient.»
C’est qu’on n’est pas ici dans la parodie ou dans le groupe-hommage, mais bien dans la relecture. Navet Confit et Pierre-Yves Poulin-Blais, un membre du groupe, ont concocté des arrangements sortant des sentiers battus – Les yeux du cœur, version tango, ça ne s’invente pas! – pour 11 chansons du chanteur d’Offenbach. «Vu qu’il n’y a pas d’instrumentation, qu’on n’est pas un band hommage qui reprend les chansons telles quelles, j’aime bien penser qu’il y a quelque chose de très frais et de nouveau dans cette réinvention des chansons», lance Nicolas Michon.
Du reste, à force de se produire dans des endroits hétéroclites, allant de la rue au café Cléopâtre, en passant par les églises, les jeunes hommes ont réalisé que leur spectacle provoque des réactions fort différentes selon les publics qui se trouvent devant eux. Aussi, s’il se produit cette fois dans le cadre du Zoofest, ce qui implique un côté humoristique à la chose – «Déjà, l’idée de prendre les tounes d’un rockeur québécois pour les faire a capella à sept voix de gars, dans une église en plus… c’est sûr que c’est drôle à la base!» fait remarquer Vincent Fafard –, le septuor brasse chez certains un autre genre d’émotion. «Ça dépend de l’âge, croit Yannick Chapdelaine. Les plus vieux sont assez émus, on voit que c’est plus solennel dans les salles. Les jeunes voient plus le côté humoristique d’un spectacle donné par sept gars qui chantent en version barbershop des tounes des années 1990 un peu quétaines qu’on a tous déjà entendues à la radio.»
Et les gars s’accordent pour dire que, si ces pièces connaissent encore un tel succès plus de 20 ans après le décès du chanteur, c’est à cause de l’indéniable authenticité de celui-ci. «Les gens se sentent très près de Gerry Boulet, parce qu’il était tellement authentique, c’est comme notre pote, notre chum de brosse… avec qui on n’a jamais pris de brosse», croit Vincent Fafard. «Ce qui marchait avec lui, c’est la sincérité, ajoute Yannick Chapdelaine. Il mettait son cœur sur la table dans ses chansons. Et pour que ça marche, l’idée, c’était de garder ce côté sincère-là. Le projet est intense, comme Gerry l’était.»
«Gerry Boulet, c’est un gars qui a un registre vocal incroyable, et ça touchait les gens parce qu’il y avait quelque chose dans sa voix qui était directement connectée au cœur, suppose à son tour Mathieu Grégoire. Nous, on a chacun une voix différente, un background différent, ce qui fait que des gens vont accrocher plus sur l’un ou l’autre d’entre nous selon ce qu’on lui fait vivre pendant une chanson.»
Et chose certaine, même si le répertoire du rockeur n’est pas illimité, les Gerry’s, qui sortiront bientôt un album réunissant leurs 11 succès actuels, n’ont pas terminé de faire du chemin. «Nos spectacles sont comme un constant work-in-progress, dit Vincent Fafard. Et il est malléable, on peut l’emmener où on veut, quand on veut, puisque nos instruments, ce sont nos voix.»
«Je pense qu’il nous reste encore un bon bassin de chansons dans lequel puiser pour pouvoir se renouveler, souligne Mathieu Grégoire. Sinon, on pourra toujours faire… les Gerry’s chantent Kathleen?»
Les Gerry’s & Les Marjo’s
À l’Église au toit rouge
Demain à 20 h 30