Culture
22:24 17 avril 2018 | mise à jour le: 17 avril 2018 à 22:24 Temps de lecture: 4 minutes

Le Scriptarium: Dans la tête et le cœur des ados

Le Scriptarium: Dans la tête et le cœur des ados
Photo: Pablo A. Ortiz/Métro

Stéphane Crête et la compagnie théâtrale Le Clou ont jeté une bouteille à la mer à l’intention des adolescents du Québec. Les réponses obtenues se trouvent dans Le Scriptarium, un cabaret présenté sur les planches du théâtre Denise-Pelletier.

Dans cette aventure, Stéphane Crête joue le rôle d’un commissaire.

C’est lui qui a écrit aux jeunes pour leur demander tout simplement qui ils étaient et à quoi ils aspiraient.

«Je voulais entrer en communication avec eux et essayer de les comprendre, car je me sens loin d’eux, indique l’acteur. Je me suis toujours intéressé à la marginalité. Et c’est une tranche d’âge qu’on marginalise. Plus on vieillit, moins on les comprend. On les laisse dans leur case et dans leur univers. Et eux-mêmes se marginalisent parce qu’ils se sentent incompris.»

Après une tournée des écoles secondaires, le comédien-commissaire a reçu des centaines de réponses, «parfois touchantes, parfois banales».

De ce nombre, 24 élèves de secondaire 3 à 5 ont été sélectionnés pour participer à la création du Scriptarium grâce à une série d’ateliers. Ils ont bâti les différents tableaux, qui seront mis en scène par Monique Gosselin et interprétés par Sarah Cloutier-Labbé, Philippe Boutin et Sarah Leblanc-Gosselin.

«J’avais envie d’ouvrir ce dialogue, cette voie de communication avec eux. Je leur ai dit: “Je veux vous comprendre davantage, mais j’ai l’impression que ma perception actuelle est un peu biaisée, que vous êtes un peu vedge, un peu bêtes, gris. Que vous vivotez en attendant d’être des adultes, que vous n’avez pas de passions. Mais peut-être que je me trompe. Êtes-vous géants, magnifiques, le point levé?”»
Les réponses obtenues renforcent la seconde hypothèse.

«Mon angle d’approche était dans la provocation, mais aussi avec humanité et un réel désir de créer un échange authentique.» – Stéphane Crête, à propos de la façon dont il a voulu aborder les jeunes

«J’ai obtenu des réponses complètement libres qui parlent de colère, de sexualité, de leurs rêves et de leurs peurs, constate Stéphane Crête. Nous avons abordé des zones d’écriture belles et sensibles à partir desquelles on a bâti le spectacle.»

Le regard des autres est un thème omniprésent qui, selon Stéphane Crête, différencie cette génération des précédentes.

«Ils m’ont beaucoup parlé du rapport à l’autre, aux adultes, de leurs rapports amicaux et amoureux. C’est très complexe pour eux de se situer dans le monde, notamment à cause des médias sociaux. C’est une vraie peste pour les jeunes. Ils sont à la fois en adoration devant ce mode de communication hautement efficace et complètement étouffés par ce carcan, parce qu’ils sont constamment dans le paraître.»

«J’ai observé une grande dureté entre eux, comme si la comparaison, la compétition, le jugement, la peur du regard de l’autre, avaient refermé quelque chose chez eux», poursuit-il.

«Mais c’est aussi une génération extrêmement lucide, qui possède un vrai désir de changer les choses, de s’impliquer et de s’engager. La présence des médias sociaux permet aussi une ouverture au monde et une connaissance accrue. Il y a quelque chose de beau avec ça.»

Extraits choisis

«J’ai soif de vivre. C’est renversant, la puissance de ce qui m’habite. Et l’école m’aliène, et ma famille m’aliène, et mes amis m’aliènent, et les réseaux sociaux, et les adultes, et la terrible routine m’aliènent. La réalité m’aliène. J’ai soif d’absolu. Et j’ai l’impression que je ne pourrai jamais boire, que je ne pourrai jamais vivre vraiment. […] Je n’ai pas peur de la mort. Si je pouvais vivre, elle me terroriserait.»
– Fabienne Pilon, 16 ans

«C’est l’histoire de Jean. Jean a perdu sa conscience. Il l’avait mise dans sa poche, sans réaliser que dans cette poche, il y avait un trou. Sa conscience tomba, comme une bille. Tac tac tac. L’effet fut immédiat. À l’instant où sa précieuse bille tomba, une anesthésie générale s’empara de Jean, comme si une bulle l’avait englobé. Une distance, froide et silencieuse, s’installa entre lui et le reste du monde.»
– Oumeyma Hasnaoui, 17 ans

Infos

Le Scriptarium 2018
Dès jeudi, à la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier, et jusqu’au 4 mai

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