L’opéra direct de Pagliacci
De la commedia dell’arte, des amours interdites, de la jalousie, de l’adultère et des crimes passionnels. Qui a dit que l’opéra n’était réservé qu’aux initiés?
Pour plusieurs, surtout en Amérique du Nord, le mot «opéra» évoque des soirées mondaines dans des salles austères où les places se négocient à des prix prohibitifs.
Pourtant, à l’origine, il s’agit d’un art populaire destiné au plus grand nombre. C’est aussi pour lui redonner cette vocation première que la soprano Sophie De Cruz a fondé, il y a quatre ans, la troupe Opéra Immédiat, dont elle assure aussi la direction artistique.
Pour la prochaine représentation, qui aura lieu dans le magnifique Théâtre Rialto, on présentera le célèbre Pagliacci de Leoncavallo, précédé d’extraits d’opéras que la joyeuse bande a présentés dans le passé : L’élixir d’amour de Donizetti, Le pêcheur de perles de Bizet et La traviata de Verdi.
Plate, l’opéra?
Mais, au fond, «n’est-ce pas un peu plate la musique d’opéra?», se diront certains en lisant ces lignes. «Sur CD, moi, je trouve cela quelque peu ennuyant. Surtout lorsque ce n’est pas écouté sur une chaîne stéréo haut de gamme. L’opéra, selon moi, c’est fait pour être regardé de façon que le spectateur vive l’histoire qui se déroule devant lui. Ainsi, un moment qui peut de prime abord sembler ennuyant prend tout son sens», poursuit Mme De Cruz.
Outre la proximité entre les chanteurs et le public , qui ne sont pas séparés par une fosse orchestrale (un pianiste sur scène assure le volet musical), les spectateurs présents auront droit à une expérience qu’on promet captivante. «On veut que les gens vivent une expérience directe. C’est une chose possible dans un petit théâtre comme le Rialto, où les gens peuvent ressentir la puissance des voix. Et pour s’assurer que les moins initiés comprennent bien l’action, on intègre des moments durant lesquels le metteur en scène vient expliquer, en français, ce qui va se produire», s’enthousiasme Sophie De Cruz.
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Voilà une initiative fort prometteuse pour la présentation de Pagliacci (qui signifie clowns, en italien) de Leoncavallo. Une histoire de saltimbanques qui débarquent dans un village pour y jouer la commedia dell’arte, tandis que se trame le tragique destin d’un triangle amoureux. Du théâtre dans le théâtre où se juxtaposent le drôle et le tragique et où le spectateur, déstabilisé, se demande parfois à quel niveau de jeu il assiste.
Paraît que la vision des spectateurs et celle des spectatrices diffèrent quant à la légitimité du crime qui est le point culminant de l’histoire. Une discussion fort animée est donc à prévoir après le spectacle…
Pagliacci
Au Théâtre Rialto
Ce jeudi à 19 h 30