Chris Isaak: le crooner intemporel
Chris Isaak revisite la période charnière du rock américain des années 1950 sans pour autant ranger ses tenues flamboyantes.
Qui ne se souvient pas du sulfureux clip noir et blanc de Wicked Game, dans lequel un Chris Isaak ténébreux se trémoussait sur la plage? Plus de 20 ans se sont écoulés depuis ce moment phare de l’ère MTV, mais le rockeur californien s’épanouit toujours comme crooner mélancolique évoquant ses idoles de l’Amérique d’antan. Son plus récent disque, Beyond the Sun, se veut d’ailleurs un hommage à la période charnière du rock des années 1950 rendue possible par Sun Studio, lieu légendaire de Memphis qui a donné naissance à plusieurs des étoiles filantes de l’Americana. Entretien avec un rockeur bon garçon.
Votre parcours musical a toujours fait écho à celui de vos héros des années 1950. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’enregistrer cet album hommage?
J’ai grandi dans une maison sans ordinateur ni télé, et j’écoutais en boucle notre petite poignée de disques : Johnny Cash, Jerry Lee Lewis, Roy Orbison, Elvis… Lorsque j’ai commencé à composer ma propre musique, je voulais inventer un son unique, mais de retour à la maison, je me remettais toujours à jouer les chansons avec lesquelles j’avais grandi. Je suis vraiment heureux d’avoir pu faire cet album alors que mon père était encore en vie… Je lui ai joué la première version lorsqu’il était très malade, mais il s’est relevé, a souri et a chuchoté à l’oreille de ma mère : «Voilà comment je l’aurais chanté.» Je suis si content qu’il ait pu entendre la musique qu’il m’a jouée toutes ces années.
On vous a longtemps collé l’étiquette de mauvais garçon. Vous comprendrez donc mon étonnement en apprenant que vous seriez tout le contraire du musicien bad boy, vous tenant bien à l’écart de tout excès digne du rock’n’roll décrivant même vos spectacles comme «des moments de plaisir purs et propres pour toute la famille»!
J’ai toujours adoré chanter. Si j’avais passé mon temps à boire et à me droguer, j’aurais eu une voix de grenouille. Je déteste l’idée de manquer un show ou de le bâcler parce que je suis au bout du rouleau. J’ai grandi avec des parents de la classe ouvrière. Mon père a toujours tenu deux boulots, travaillant le jour à conduire un chariot élévateur et ensuite à faire des rénovations et des réparations. Je n’ai pas annulé un seul spectacle en 27 ans. J’adore mon travail! Mais je crois tout de même être bien loin de l’étiquette de scout tout sage que certains me collent.
On a découvert plusieurs pièces tirées de votre premier album, Silverstone, dans le film Blue Velvet de David Lynch. Vous avez également interprété un rôle dans son film Twin Peaks. Que retenez-vous de votre collaboration de longue date avec Lynch?
Je ne garde que de bons souvenirs de mes projets avec David Lynch. C’est vraiment un des gars les plus sympathiques et francs que je connaisse, et il est si habile ! Il écrit des scénarios, il réalise, il joue lui-même, il compose de la musique… Il a zéro égo et beaucoup d’idées. Il fait même ses propres meubles! Je sais, plusieurs croient qu’il serait étrange parce que ses films sont souvent assez sautés, mais ce sont justement ces gars qui vident complètement leur sac à qui l’on peut faire confiance. Par contre, gare au chef scout et au président du conseil local… C’est ceux-là dont il faut se méfier!
Vos musiciens se moquent parfois de votre penchant pour les tenues extravagantes, dont vos vestes clinquantes et votre légendaire toupet. Qui sont vos références en matière de mode?
Je suis le plus jeune de trois frères, et nous achetions toutes nos fringues à L’Armée du Salut. Lorsque c’était mon tour de porter une chemise, elle était déjà ravagée! Dès que je pouvais me procurer des vêtements tape-à-l’œil, j’inscrivais mon nom dessus. Je voulais sûrement que les gens sachent que c’était du neuf. J’adorais le style de Fred Astaire et de Robert Mitchum. Vous remarquerez qu’il y avait une harmonie totale entre la façon dont ils s’habillaient et celle dont ils se comportaient. Il faut toujours s’assurer que vous portez ce qui vous convient. Je me souviens de shootings de mode où l’on me demandait de porter des vêtements « griffés » et je finissais toujours par déboutonner les chemises. Je mange, je surfe et je porte les choses que j’aime et je me contrefous de QUI l’a confectionné…
Que pensez-vous de la recrudescence actuelle du rock vintage avec des artistes comme Lana Del Rey, qui puisent dans le registre américain des années 1950?
Il y a un tas d’artistes formidables en ce moment qui font écho aux catalogues de musiciens émérites d’une autre époque, mais en y apposant leur propre signature. Vous avez nommé Lana Del Rey. Je pense aussi à Nicole Atkins, une chanteuse ravissante avec une touche d’Americana, de blues et de soul, ou à James Hunter, qui manie la guitare comme Bo Diddley et chante comme Sam Cooke. Je crois qu’avec Lana, Nicole, James… la vague de jeunes talents est redoutable!
Chris Isaak
Au Théâtre St-Denis
Mardi à 20 h