Journal d'un coopérant de Robert Morin: Zone grise
Avec Robert Morin, rien n’est tout blanc ou tout noir. Le cinéaste adore offrir aux cinéphiles des propositions cinématographiques qui se situent dans des zones grises, et sa dernière, Journal d’un coopérant, est on ne peut plus grise.
Dans ce film, tourné à la manière d’un journal intime, Robert Morin joue Jean-Marc Phaneuf, un électricien célibataire qui se rend en Afrique à titre de coopérant pour l’ONG Radio du Monde. Déçu par l’apport de l’aide humanitaire sur le terrain, Jean-Marc se sentira trahi et trahira à son tour. Qui trahira-t-il? Nous ne pouvons le dévoiler, mais il est certain que ce pan de l’histoire ne laissera personne indifférent.
«Je voulais vraiment déranger, affirme tout de go le réalisateur, rencontré dans un café de la Petite-Italie. La fonction d’un artiste dans la société, c’est de faire réagir. Quand les gens regardent un film, écoutent une chanson ou contemplent une toile, après, ça doit faire jaser. Si ça ne fait pas réagir, ça sert à quoi l’art?»
Journal d’un coopérant fera certainement jaser en raison de son sous-thème qu’on ne peut ici dévoiler. Tout son questionnement sur la véritable efficacité de la coopération internationale devrait également faire réagir, surtout après que les Québécois eurent donné, ces derniers mois, des millions de dollars à Haïti.
«L’idée de départ du film est venue du fait que j’ai voulu moi-même faire de la coopération internationale il y a quelques années, souligne Robert Morin. En cherchant sur le net, j’ai découvert plein de choses sur la coopération, comme le fait que ce sont les dirigeants des pays aidés qui reçoivent la plus grande partie de l’argent destiné à l’aide humanitaire. Je suis tombé en bas de ma chaise.»
Le réalisateur de Papa à la chasse aux lagopèdes a aussi été sidéré de voir, au Rwanda, les coopérants dans leurs «grosses cabanes» et dans leurs «grosses bagnoles», souvent escortés de jeunes femmes, alors qu’il accompagnait sa conjointe, conceptrice visuelle sur le film Un dimanche à Kigali, de Robert Favreau.
Par ailleurs, Journal d’un coopérant emprunte l’avenue de la fiction pour nous exposer les ratés de la coopération internationale; son réalisateur n’ayant pas voulu en faire un film politique. «Mon objectif, c’était de faire un drame et pas un documentaire sur la coopération internationale, explique-t-il. Le cinéma politique ne m’intéresse pas. Je n’aime pas les films de Michael Moore!»
Ujama
Journal d’un coopérant se déroule à Ujama, une ville imaginaire faisant partie d’un pays qui n’est jamais nommé. Robert Morin ne voulait pas que son film ait une connotation anthropologique, et il a donc créé un pays générique. Lui et sa petite équipe ont tourné le long métrage au Burundi, où le cinéaste a des amis, au printemps dernier. Il a fait appel pour la plupart des rôles à des acteurs non professionnels, recrutés dans des troupes de théâtre amateur, ou tout simplement dans la rue.
«En Afrique, avec des acteurs qui ne sont pas des comédiens professionnels, tu ne peux pas faire des horaires comme ici, confie le cinéaste quand on le questionne sur son tournage africain. On faisait une seule scène pas jour et il faisait vite 40 degrés!»
Pour camper le rôle principal, le cinéaste a décidé de se mettre au défi. Robert Morin s’amuse souvent à se donner des petits rôles dans ses films et accepte de jouer dans ceux de ses amis, mais dans Journal d’un coopérant, il défend le rôle de Jean-Marc du début à la fin. «C’est le fun de jouer, de se prendre pour un autre, de casser les habitudes que l’on a et de s’en donner d’autres», affirme celui qui déposera en septembre auprès des institutions un nouveau projet, une adaptation du roman d’Hubert Mingarelli, Quatre soldats.
Journal d’un coopérant
En salle dès aujourd’hui